une_odeurTrès jolie publication que cette collection "Petit Quai Voltaire" des éditions "La Table Ronde" ; beau papier, décoration ravissante, écriture agréable.
Quand le livre commence, en 1903, Mary Mackenzie originaire d'Edimbourg est à bord d'un bateau, en route pour l'Extrême-Orient où elle doit se marier avec Richard Collingsworth, d'une grande famille anglaise du comté de Norfolk, actuellement représentant de la couronne britannique auprès de l'empereur de Chine.  Elle a sa belle robe dans ses bagages et est chaperonnée par une certaine Mme Carswell qui rejoint son mari avocat à Hong Kong ;  Mary découvre toute une vie bien particulière à bord, régie par des codes de bonne conduite très strictes.
Dès le début du voyage, la jeune fille se rebelle : comme elle a trop chaud elle enlève son corset, ce qui ne se fait absolument pas ! Elle sait aussi que sa mère serait horrifiée si elle apprenait que sa fille va au fumoir avec des messieurs pour accompagner une chanteuse au piano, ou se retrouve seule avec un homme d'équipage à observer les dauphins.
En Chine, elle découvre la vie des "expatriés" en ce début du XXème siècle avec de nouveau un cadre de bonnes manières très précis ; mais bientôt elle va au marché avec son domestique Yao, ce que personne ne fait bien sûr.
Elle rencontre sa majesté l'impératrice Tseu Hsi qui souhaite - pour effacer les mauvais souvenirs de la Révolte des Boxers - recevoir les jeunes épouses des diplomates au sein du superbe Palais d'été qu'elle a fait construire ; avec son naturel et son franc parler Mary étonne et souvent séduit ; elle est sensible à la beauté et à la magnificence de la Chine ainsi qu'à la pauvreté et à la souffrance de beaucoup d'habitants.
Elle a un bébé, une petite Jane, mais on sent que les choses ne vont pas bien entre elle et son mari ; c'est un rendez-vous raté, ils ne sont pas vraiment faits l'un pour l'autre. Et alors que se produit la guerre russo-japonaise sur le territoire chinois pour le contrôle de la Mandchourie et de la Corée et que son mari effectue de longues missions,  Mary tombe amoureuse d'un officier japonais, le comte Kentaro Kurihama qu'elle avait rencontré à plusieurs reprises dans des dîners. Enceinte de lui, elle est chassée par son mari à son retour, perd sa fille et se retrouve très isolée à Tokyo (avril 1905). Consciente de sa "déchéance" elle n'a aucune idée de ce que peut être son avenir, son fils nouveau-né Tomo étant japonais et accepté dans le riche et puissant "clan Kurihama".
Bien qu'amie avec une "sorte de suffragette" japonaise, elle se retrouve de nouveau en but avec le système de classes sociales très en vigueur également dans ce pays ; mais elle finit, après y avoir vécu de nombreuses années, par bien connaître le Japon et les japonais et en femme de tête, solide et courageuse elle saura reprendre plusieurs fois son destin en main.

C'est l'histoire, très bien écrite et passionnante, d'une femme extraordinaire ; un livre comme on les aime dont on sort imprégné d'Extrême-Orient, de témérité et de liberté ! Superbe !

Premières phrases : "J'ai été malade hier, pour mon anniversaire, alors que je n'ai pas eu le mal de mer pendant la traversée de la baie de Biscaye, ni même à Malte pendant cette tempête. C'est un peu bête d'avoir été malade sur une mer aussi petite que la mer Rouge, mais quand je suis montée au coucher du soleil sur le pont - pour échapper aux gémissements de Mme Carswell - le second est venu s'accouder près de moi et m'a dit que je n'avais pas supporté les lames de fond de Somalie."