lysBrooklyn, quartier de Williamburg, été 1912.
La jeune Francie, onze ans, n'aime rien tant que lire ; aller à la bibliothèque, prendre un livre - par ordre alphabétique, elle en est au B de Brown - et demander poliment conseil à la bibliothécaire, une femme désagréable qui lui fournit toujours les mêmes bouquins. Depuis qu'elle sait lire, la fillette lit un livre par jour, c'est le rythme qu'elle s'est imposée.
Francie a un frère, Neely, dix ans, avec lequel elle cherche puis apporte chez le fripier de vieux chiffons, des papiers, de la ferraille et du caoutchouc, comme les autres gosses pour les vendre quelques sous (5 kg de papiers rapportent 2 sous).
A cette époque, Katie leur mère dont les parents étaient des immigrés autrichiens totalement illettrés, est concierge d'immeuble, ce qui assure un toit à la famille, et fait des ménages en plus : " Maman avait vingt-neuf ans, des cheveux noirs, de beaux yeux bruns, le geste prompt. Belle et bien faite. Elle travaillait comme concierge et entretenait seule trois maisons de rapport. A qui eût-on jamais pu faire croire que Maman lavait des planchers pour faire vivre quatre personnes, elle, si jolie, si mince, si vive, si courageuse, si pleine de gaieté ?... Tout le monde disait que c'était dommage qu'une femme jolie et délicate comme Katie Nolan dût passer sa vie à frotter des planchers. "Mais comment voulez-vous qu'elle fasse autre chose avec le mari qu'elle a ?" On convenait que, sous tous les rapports, Johnny nolan était un beau garçon, aimable, très supérieur à n'importe quel homme du voisinage. Malheureusement, il buvait. Voilà ce que disaient les gens. Et c'était vrai." (p 23)
Francie a un père qu'elle adore et qu'elle trouve formidable ; il est à la fois chanteur et serveur de bar et comme ses beaux-parents son père et sa mère  d'origine irlandaise ne savaient ni lire ni écrire. Malheureusement ce n'est ni un mari ni un père raisonnable...
Francie est une enfant fière et très intelligente qui pense, qui réfléchit beaucoup ; elle observe les gens et leur imagine des vies. Elle a deux tantes assez hautes en couleur : Sissy qui collectionne les hommes et a mis au monde une dizaine d'enfants qui n'ont pas vécu, et Evy, celle qui est mariée à Oncle Willie qui passe son temps à se battre avec son cheval.

A travers le déroulé de cette histoire autobiographique, c'est la reconstitution de toute la vie d'un quartier peuplé d'immigrés italiens, allemands, irlandais, juifs... , un faubourg très pauvre, peuplé de gens miséreux au point de ne pas manger à leur faim bien que souvent dotés de la volonté farouche de s'en sortir.

Extrait p 68 : " Le souper du samedi était mémorable : les Nolan mangeaient des boulettes frites. Une miche de pain rassis, réduite en pâte avec de l'eau chaude, était pétrie avec dix sous de viande hachée dans laquelle on avait émincé un oignon. On ajoutait un peu de sel et deux sous de persil haché menu, pour donner du goût. De ce mélange, on faisait des boulettes qu'on mettait frire et qu'on servait avec de la sauce tomate bien chaude."

Profitons de la réédition de "Le lys de Brooklyn" en poche pour nous (re)plonger dans ce merveilleux livre !

 

Livre lu  dans le cadre du Challenge Pavé de l'été

 

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