embrunsAttirée par le "Absolument sublime" de Gérard Collard et la sélection pour le Prix des Lecteurs du Livre de Poche, j'ai lu "La mémoire des embruns" sans trop savoir à quoi m'attendre (parce que Mr Collard est formidable mais il a l'enthousiasme parfois un peu rapide à mon goût...).
Eh bien, cette fois je le suis, n'hésitons pas à nous lancer dans cette littérature australienne, tasmanienne même ! Il y a de la belle aventure, un important secret de famille, des histoires d'amour et des paysages à couper le souffle ! Même si ce n'est pas un guide touristique et qu'il n'y a pas de photo, l'écriture de K. Viggers nous permet d'imaginer et de ressentir la beauté de l'île Bruny, au sud de la Tasmanie, dont il est question ici.
C'est l'histoire d'une vieille femme, Mary, qui souhaite retrouver l'île sur laquelle elle a longtemps vécu avec son mari Jack décédé depuis quelques années, et ses enfants ; ils étaient les gardiens du phare du cap et Mary traîne avec elle un lourd secret.
C'est aussi l'histoire d'un homme, Tom, mécanicien diéseliste qui est parti pour le "Grand Sud", l'Antarctique, pendant quinze mois le temps de gagner suffisamment d'argent pour payer le logement et assurer des fins de mois un peu moins difficile à son couple.
Il y a beaucoup de passages absolument magnifiques sur la beauté de l'Antarctique, la banquise et les animaux qui l'habitent, en particulier les manchots, mais aussi les phoques, les baleines et d'innombrables oiseaux inconnus de notre hémisphère. Tom a participé à une expédition polaire et a aidé les scientifiques à compter les oiseaux et à baguer les phoques ; il a connu "l'hivernage", les nuits sans fin, le froid intense, mais aussi les sensations d'euphorie et de liberté. Et il a comme beaucoup d'autres été victime des problèmes de couple engendrés par l'éloignement et le mode de vie tellement différent, quatre-vingt pour cent des couples n'y résistent pas.
Mary, dont la santé se dégrade rapidement, est emmenée sur son île venteuse et fraîche par sa petite fille ; elle a dans sa valise une lettre, importante, contenant sans doute le secret. Pourquoi n'arrive-t-elle pas à la détruire ? Aura-t-elle le temps de revoir tous les endroits qu'elle a tellement aimés ? Un jeune garde forestier va passer la voir régulièrement, s'assurer qu'elle va bien et éventuellement la transporter jusqu'aux lieux où elle pense se rapprocher de Jack...

Extrait : "L'Antarctique possède un charme auquel on succombe pour la vie. Peut-être est-ce l'effet du paysage ; sa sauvagerie, son désert, sa nudité. Ou peut-être est-ce à force de voir tout ce blanc. Ou l'intensité des relations qu'on y noue. Quoi qu'il en soit, ce vaste espace et cette clarté resplendissante opèrent sur vous une transformation. Vous vous découvrez autre, nouveau. Vous voilà capable de vous fondre dans les lointains. Et cette sensation de liberté vous donne des ailes. En même temps, le germe d'une nostalgie éternelle a été planté en vous. Vous ne penserez plus qu'à y retourner. A vous glisser dans cette nouvelle peau qui est la vôtre sur la banquise, ce "moi" qui ne connaît plus lers bornes conventionnelles." (p 102)