traine_savaneSous-titre : "Vingt jours avec David Livingstone"

Grand prix du roman 2015 de La Société des Gens De Lettres.

Guillaume Jan nous raconte son Afrique, plus exactement le Congo et celui de l'explorateur D. Livingstone. Un chapitre sur deux est consacré au voyage que l'auteur effectue pour un reportage, de nos jours, à la recherche d'un peuple en voie de disparition, les Pygmées.
Les autres chapitres parlent de l'écossais Livingstone qui a passé presque toute sa vie à traverser l'Afrique d'un océan (l'Atlantique) à l'autre (l'Indien), durant la seconde moitié du 19ème siècle ; à l'origine il était pasteur et médecin, vagabond de nature, missionnaire, aventurier, à la recherche d'une terre où annoncer l'Evangile, chose pour laquelle il n'est pas doué du tout. D'ailleurs il ne semble pas doué pour grand chose cet homme-là : il ne s'occupe pas de sa famille, femme et enfants sont livrés à eux-mêmes pendant que lui, marche ; ses explorations sont régulièrement des échecs, il entraîne ses hommes dans des traversées interminables et harassantes, véritable Don Quichotte de la savane.
Pourtant, à une époque où l'Africain n'est qu'un sauvage sans importance, David Livingstone s'intéresse à lui, aimerait savoir ce qu'il pense, et souhaite le voir devenir libre, maître de son destin ; il a une sainte horreur de l'esclavage et luttera contre toute sa vie.

L'auteur a trouvé l'Amour, le vrai, le grand, en la personne de Belange (Ah ! Les prénoms africains... Elvis, Zéphirin, Sévère, Féroce...). Ils quittent Kinshasa à la recherche des Pygmées, le journaliste écrivain nomade veut les rencontrer et les connaître avant que leur culture n'ait complètement disparue. Mais il faudra aussi subir un périple interminable pour trouver les petits hommes...

C'est un livre drôle, écrit avec beaucoup d'esprit, l'auteur a la formule lapidaire et la comparaison juste et amusante ; et son histoire avec Belange est si belle !
Mais c'est aussi un livre d'une terrible tristesse ; qu'est en train de devenir cet ancien Congo belge qui n'a vraiment pas eu de chance avec l'Histoire ? Léopold II, roi des Belges, inventeur de la "main coupée" ; Mobutu (!!) l'homme à la toque léopard qui a saigné à blanc son pays ; les guerres larvées, latentes, qui permettent à des multinationales de plus ou moins piller ce pays d'une richesse minière inouïe.

Heureusement, il reste l'image de Belange, belle plante congolaise digne, élancée et élégante parcourant la jungle avec son sac à main...

Extrait (p 300) : "Mais quelle importance, puisque l'imagination sera toujours plus forte que la connaissance - ça, Livingstone l'avait bien compris, au cours de ses voyages invraissemblables. Le héros de l'empire nous laisse une collection de belles images et c'est pour ces belles images que l'on continue de l'admirer. Pour ses marches à travers les terres inconnues, pour sa détermination, pour sa rencontre picaresque avec Stanley, dans le trou du cul du monde. Pour l'idée du voyage perpétuel, qui continue de nous fasciner - ne sommes-nous pas tous des nomades, plus ou moins sédentarisés ?"