41WFL843PULPrix Femina 2015

C'est l'histoire d'une famille, celle de Christophe Boltanski, racontée de façon allègre et passionnante.
Séparés par des plans de l'habitation familiale, rue de Grenelle, et intitulés "voiture", "cuisine", bureau..., les chapitres s'enchaînent, nous plaçant très rapidement dans l'intimité de cette famille hors-norme, d'origine juive et russe, un peu à la façon d'un jeu de Cluedo.
Le personnage principal, la grand-mère, Marie-Elise / Myriam, encartée au parti communiste et surnommée "Mère-Grand" a eu la polio et se déplace difficilement ; elle écrit des romans inspirés de sa triste enfance, et fait le chauffeur pour son mari, médecin à l'hôpital Laennec ; elle règne sur ses enfants et son petit-fils - c'est lui qui raconte - toute la famille doit rester unie, fusionnelle, soudée... Le grand-père, Etienne, médecin donc, adoré de ses patients, est un grand émotif que la famille protège ; l'oncle Christian, le peintre, n'est sorti dehors, sans la protection de la voiture, qu'à l'âge de dix-huit ans : " Christian refusait d'aller à l'école. Sur le chemin, il s'accrochait aux réverbères en hurlant comme si on le traînait à l'abattoir. "
Et puis il y a Luc le père du narrateur, un peu plus autonome : mais quand il eut l'idée d'aller faire de la voile, toute la famille se retrouva sur le bateau... Il y a aussi le mystérieux Jean-Elie, le fils aîné et  Anne, la tante-soeur de Christophe ; ainsi que Niania, la mère du grand-père, une babouchka qui s'était sauvée de chez elle à Odessa - avec son samovar - pour rejoindre son amoureux en France... Toute une famille de gens sympathiques mais très anticonformistes !
1942-43, "monsieur" disparaît... Il a réussi, les premiers temps de la guerre, à conserver son travail ; mais la menace se précise sur les médecins juifs, alors lui et Marie-Elise divorcent et plus personne ne voit Etienne...

Une lecture réjouissante, qui fait passer un très bon moment !

Premières phrases : " Je ne les ai jamais vus sortir à pied seuls ou même de conserve. Accomplir cet acte tout simple qui consiste à déambuler le long d'un trottoir. Ils ne s'aventuraient hors de la maison que motorisés. Assis, l'un contre l'autre, à l'abri d'une carrosserie, derrière un blindage, même léger. Dans Paris, ils circulaient à bord d'une Fiat 500 Lusso, de couleur blanche... Elle au volant. Lui, à côté d'elle. Jean-Elie, Anne et moi, entassés sur la banquette arrière.
... Elle fonçait avec une joie rageuse, de préférence sur les vieillards claudicants, mais autonomes, pour les punir de leur peu de liberté de mouvement et effrayer ses passagers. Elle n'a jamais écrasé personne..."