51caqlACv8LJ'aime la peinture, c'est l'art qui entre tous m'apporte le plus de joie. Alors un livre comme celui-là est bien sûr un grand plaisir : J.P. Postel y décortique le tableau, le fait parler grâce à sa grande culture et sa très précise attention.
Car que voit-on de prime abord en regardant le célebre tableau de Jan Van Eyck (1434) ? Un homme, et une femme plus jeune que lui, richement vêtus et se tenant par la main, mais placés à une certaine distance l'un de l'autre et ne se regardant pas ; la femme est visiblement enceinte. Ils sont dans une chambre, éclairée par une fenêtre, qui contient un lit, rouge, un coffre et un chandelier, un miroir dans le fond qui réflechit toute la pièce, un petit chien roux (qui, lui, ne se reflète pas dans le miroir), des mules rouges disposées en "V" et des socques abandonnées en formant une sorte de "r".
Ces détails interrogent l'examinateur attentif : si le petit chien n'a pas de reflet, il en est de même pour les mains jointes de l'homme et de la femme ; alors où est la réalité : dans le tableau ou dans le miroir ? Et quand l'auteur tombe par hasard sur un récit très ancien dans lequel une femme enceinte reçoit la visite de son mari décédé, il pense avoir trouvé la clé de la scène peinte par Van Eyck. Un tableau étrangement lié à deux autres peintures, quelques hypothèses pour comprendre, nous sommes presque dans un roman policier...

Très bien écrit, ce récit malgré quelques longueurs, est aussi épatant qu'une belle toile !

Extrait (p 14) : " Le tableau est archiconnu... Il aimante, il attire, on pourrait presque dire qu'il appelle, mais nous avons beau regarder, nous n'y voyons rien - ou plutôt, nous voyons qu'il y a quelque chose à voir mais nous ne voyons pas quoi. Le fin mot nous échappe. Le sens se dérobe. Débrouillez-vous avec ça, nous disent cet homme et cette femme qu'on appelle depuis plus de cent cinquante ans Les Epoux Arnolfini. En y regardant de plus près, cependant, il apparaîtra que tout est là, sous nos yeux, depuis toujours."