51U2glHq37LC'est sans nul doute l'Irlande et ses habitants qui sont au coeur de ce roman, magnifique mais éprouvant ; l'écriture est très belle qui sait proposer au lecteur des images superbes de paysages extraordinaires et des études approfondies de caractères d'individus rudes et travailleurs, très imprégnés de vieilles traditions.
L'histoire de cet homme qui avait quitté tout jeune le Donegal en 1915 pour aller construire des gratte-ciels à New-York et qui s'en revient trente ans plus tard avec épouse et enfant pour faire de l'élevage est d'une incroyable beauté mais aussi d'une grande tristesse ; Barnabas et Eskra s'aiment profondément, mais l'auteur semble dire que rien ne peut résister à cette terre difficile et à ceux qui y vivent...

Le livre s'ouvre sur l'incendie - accidentel ? - criminel ? - de l'étable de la ferme de Barnabas et Eskra Kane ; un vieil homme, ouvrier, y trouve alors la mort ainsi que tout le bétail. Le décès du vieux Matthew, on ne la pardonnera pas à Barnabas Kane, non plus que son emprunt de vieilles pierres provenant de très vieilles maisons en ruines datant du temps de la famine, pour reconstruire une étable.

Entre les chapitres racontant l'histoire de Barnabas et d'Eskra, sont insérés des pages écrites par leur fils Billy qui a des aveux à faire sur un forfait accompli avec "le cogneur", une honte qu'il traîne comme un lourd fardeau.

Un roman tragique et sombre d'une force étonnante, où les éléments, la nature et les animaux occupent une place importante et dans lequel P. Lynch grâce à son style, a créé une atmosphère où le passé, la violence et le désespoir vont éprouver terriblement les trois principaux personnages.

Extrait (p 68) : " Il disait souvent qu'il était venu à elle tel un ange descendu des cieux. La première fois que je t'ai vue, c'était de deux cents mètres de haut. A travers le vacarme de ce chantier capable de fausser la courbure du ciel. Je t'ai regardée au-dessus de cet engorgement de circulation. J'ai entendu tes pas battre le béton. A cette hauteur, la vue ne peut que s'aiguiser. Tu te détachais de la foule. Tes yeux brillants levés vers moi. L'éclat de ton cou de cygne. C'était toi que j'attendais.
L'histoire ne tenait pas debout, naturellement, mais elle n'en plaisait pas moins à Eskra. On s'accroche à de petits détails, et c'est ainsi qu'on écrit le livre de sa vie."