51S0VHKY89LC'est un grand, grand, plaisir de (re)lire "Les métamorphoses" : un fond de culture que nous avons tous plus ou moins en tête, mais aussi un peu oublié. Le retrouver est un bonheur, une "madeleine de Proust".

Ovide, poète romain (- 43 ; + 17) a écrit, avec "Les métamorphoses", l'un des plus longs poèmes antiques qui nous soient parvenus ; dès les premiers vers, il déclare qu'il chantera les métamorphoses des corps depuis le commencement du monde jusqu'à son propre temps (l'avènement d'Auguste).

Dans cette oeuvre de grande ampleur, le poète qui affichait depuis son plus jeune âge un goût prononcé pour les lettres,  rassemble des mythes qui n'appartiennent à personne, qui font partie des traditions populaires et religieuses ; familier de la littérature grecque, il connaît assez bien la géographie du pays - qu'il a visité, tout en se renseignant sur les légendes locales et les cérémonies - et pourra donc y situer ses fables.
Son érudition lui permet de s'inspirer aussi bien de textes latins que grecs pour écrire des histoires édifiantes où le plus souvent, la vertu est récompensée et la déloyauté punie ; ces textes, qui présentent les humains comme soumis à la bienveillance ou à la colère des dieux, sont des témoignages formidables des connaissances, us et coutumes de l'époque, de la vie au temps où les maladies étaient des châtiments, de l'existence déjà de sentiments toujours déterminants comme l'amour, la jalousie, l'envie...

Si le début est très impressionnant : la création du monde, telle qu'elle était appréhendée à l'époque, le déluge et autres épisodes qui ne sont pas sans rappeler nos écrits judéo-chrétiens, beaucoup de personnages - et leurs histoires - nous sont connus et ont nourris tous les arts : Phaéton le fils du soleil (quel texte magnifique !), Io transformée en génisse, Narcisse et Echo, Persée et la méduse, la conquête de la Toison d'or par Jason, Dédale et Icare, Orphée et Eurydice, la guerre de Troie...

L'écriture est magnifique et l'envie de lire tout haut, voire de scander, très tentante !

( Seule réserve, il n'est pas toujours facile de savoir exactement de qui Ovide parle ; les notes en fin de livre sont indispensables mais hachent un peu la lecture.)

Premières phrases : LIVRE PREMIER... J'ai formé le dessein de conter les métamorphoses des êtres en des formes nouvelles. O dieux (car ces transformations furent, elles aussi, votre oeuvre), favorisez mon entreprise et guidez le déroulement ininterrompu de mon poème depuis l'origine même du monde jusqu'à ce temps qui est le mien.
LES ORIGINES DU MONDE  Avant qu'existassent la mer et la terre, et le ciel qui couvre l'univers, la nature sur toute l'étendue du monde, n'offrait qu'une apparence unique, ce qu'on avait appelé le Chaos, masse informe et confuse qui n'était encore rien que poids inerte, amas en un même tout de germes disparates des éléments des choses, sans liens entre eux."