41H4IRF_1TLComment fait-elle, Jessie Burton, pour capter notre attention aussi rapidement et nous captiver au point que nous ne lâchons plus son livre avant de l'avoir terminé ?

Dès leur début, les histoires alternées des deux jeunes filles Olive et Odelle sont pleines de promesses, et c'est sans doute ce qui rend le récit si attractif ! Olive, nous la découvrons dans le sud de l'Espagne, un petit village proche de Malaga, où elle vient de s'installer dans une maison, la finca, avec son père, Harold Schloss, marchand d'art, et sa mère, Sarah, une riche et belle oisive ; Olive a alors dix-neuf ans, nous sommes au tout début de l'année 1936. Un frère et une soeur qui habitent le village, Isaac et Teresa Robles, viennent se présenter, Teresa qui dit avoir dix-huit ans, servira de domestique et deviendra l'amie d'Olive ; on comprend qu'Isaac, qui par ailleurs est artiste peintre, est du côté des rouges, et s'occupe du syndicat des travailleurs.

Odelle, originaire de Trinidad, vit à Londres depuis quelques années ; en 1967, elle est embauchée comme secrétaire par Marjorie Quick, qui travaille au Skelton Art Institute, entreprise d'experts et de négociateurs en objets d'art. Odelle, qui rêve de devenir écrivain, fait la rencontre d'un certain Lawrence Scott qui vient d'hériter d'un tableau qui était en possession de sa mère depuis "toujours" et qui est signée Isaac Robles. Grâce à Odelle, il présente sa toile au Skelton et la peinture enthousiasme le dirigeant de l'Institut au point qu'une exposition sera organisée en son honneur. Mais Odelle se rend vite compte que Quick est bien agitée depuis qu'elle a vu ce tableau représentant "Rufina et le lion" et qu'elle pense que ce n'est Isaac Robles l'auteur du tableau. Odelle mène alors une véritable enquête, n'hésitant à fouiller dans les vies de Quick et de Lawrie Scott pour vérifier ses intuitions.

Un autre tour de force de l'auteure est de nous mener sur des pistes qui ne seront pas vraiment les bonnes ; à chaque fois que le lecteur pense avoir compris ce qui s'est passé en 1936 en Espagne entre les Schloss et les Robles, eh bien non, ce n'est pas cela !
De nombreux thèmes - passionnants - sont abordés tels l'Art "au féminin", l'Art pendant la guerre, l'origine de l'impulsion créatrice ; il y a aussi de belles histoires d'amour...

Loin d'être décevant par rapport à son "Miniaturiste", ce livre est aussi envoûtant et prenant que l'était le premier ; écriture entraînante, visuelle et surtout histoire intéressante, bien construite. Un très très bon moment de lecture !

Extrait (p 71) : " Au moment où il se retournait, Lawrie s'est levé et la moitié du papier d'emballage est tombée sur le sol. Reede s'est figé, les yeux fixés sur la partie visible du tableau, le lion doré. Il est à vous ? a-t-il demandé à Lawrie. Celui-ci a baissé les yeux et a ramassé le papier. Oui, a-t-il dit sur la défensive. Enfin... il était à ma mère. Maintenant il est à moi."