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Ce livre est le dernier tome du "Quintet de l'Islam" et peut tout à fait se lire indépendamment des autres ; il donne simplement envie de découvrir l'ensemble de l'oeuvre de cet auteur contemporain, originaire de Lahore (Punjab, Pakistan).
L'histoire n'est pas facile à définir... on peut tenter cependant : un écrivain, le narrateur, Dara, raconte ses souvenirs de jeunesse ainsi que sa vie actuelle ; il vient d'être contacté par un ancien ami dénommé Platon, qui a fait beaucoup de métiers différents, de professeur de mathématiques à peintre de renommée internationnale, afin qu'il écrive "le livre de sa vie" ; c'est Zaynab, la femme dont Platon est amoureux, qui lui a demandé une double biographie illustrée par lui-même, relatant les faits marquants de leurs existences.
Dara hésite, mais il a une dette d'honneur vis à vis de Platon et leur amitié est une très ancienne : avec d'autres comme Zahid devenu ensuite chirurgien cardiaque à Washington, ils avaient constitué un cercle d'amis d'obédience communiste, discutant indéfiniment de la vie, de leur avenir, de poésie et de politique à leur table réservée au salon de thé Pak de Lahore.
Petit à petit, le lecteur, de façon non chronologique, un peu anarchique, va découvrir les histoires de ces personnages très originaux ; Platon, en particulier, qui dit souvent qu'il a soixante-quinze ans soit quatorze de plus que son pays natal et qui peint avant de mourir une grande fresque représentant les quatre cancers de son pays (les USA, les dictateurs,les mollahs) ; Zahid qui vit à Londres avec sa femme Jindié - c'est elle le papillon d'or - femme d'une extrême beauté, d'origine chinoise, dont Dara a été longtemps amoureux. L'autre femme, Zaynab, celle qui est actuellement aimée de Platon, fut "mariée au Coran" il y a longtemps par ses frères, tradition cruelle et féodale qui évitait la dispersion des terres d'une famille, puisque la jeune fille ne pourrait ni épouser un homme ni avoir d'enfants.
Le Pakistan n'est quasiment jamais nommé en tant que tel mais toujours désigné sous le vocable de "Terrepatrie" ; les sujets de l'auteur sont au fond la mise au jour des problèmes du Pakistan et l'idée à laquelle il tient beaucoup, que, peut être, les mondes chrétien et musulman ne sont pas si différents...

L'écriture est belle, soignée, souvent humoristique ; c'est celle d'un conteur doué puisqu'il nous transporte facilement dans d'autres pays et dans d'autres vies...

Premières phrases : " Il y a quarante-cinq ans, à l'époque où je vivais à Lahore, j'avais un ami plus âgé que moi nommé Platon qui me fit un jour une faveur. Dans un accès de générosité juvénile, je promis de la lui rendre avec intérêt si un jour, n'importe quand, il avait besoin de mon aide. Platon enseignait les mathématiques dans une école huppée mais il détestait certains de ses élèves, ceux qui d'après lui n'étaient là que pour apprendre les beaux-arts de la débauche. Et ce Platon-là étant du Penjab, il me demanda si je pourrais lui rembourser son aide avec des intérêts composés. Comme un idiot, j'ai accepté."