41HK9DhhEJLPrix littéraire 30 millions d'amis ; Prix Wepler Fondation La Poste.

Une belle histoire, bien écrite, triste comme le sont souvent les belles histoires ! C'est celle d'un lionceau nommé Personne, car le jeune sénégalais Yacine qui l'a trouvé par hasard sur la route de Saint-Louis, était le meilleur élève du père Jean à la Mission où il étudiait et Yacine excellait particulièrement en mathématiques et en grec ; son épisode favori des aventures d'Ulysse étant celui où par ruse le héros échappe au cyclope, le jeune garçon décide de baptiser le petit lion du nom de Kena (ce qui signifie Personne).
C'est le début d'une vie d'aventures extraordinaires pour ce lion, d'abord en compagnie de son jeune maître qui découvre la ville et va travailler pour Jean-Gabriel Pelletan, le directeur de la Compagnie Royale du Sénégal, nous sommes en 1786 ; puis avec un petit chien, Hercule, qui restera son ami pour la vie. Le dénommé Pelletan gardera le lion jusqu'à son retour en France et celui-ci fut un des premiers fauves a pouvoir être observé par les sujets de Louis XVI.

Avec cette épopée léonine, S. Audeguy nous parle du Sénégal, à cette époque colonie de la France, elle-même assez mal en point en cette période révolutionnaire, ainsi que de l'esclavage, de la vie quotidienne en Afrique et en Europe ; mais c'est aussi l'occasion de réflexions bien menées sur le respect de la vie animale et l'intérêt éventuel des ménageries ou zoos pour la connaissance de la faune sauvage. C'est également pour l'auteur l'occasion d'évoquer le travail des naturalistes Buffon et Etienne Geoffroy de Saint-Hilaire et les débuts du Muséum d'Histoire Naturelle.

Un bon bouquin pour ceux qui aiment les bêtes... et les Hommes !

 Extraits (p 19) : " Le jour était levé maintenant. Yacine n'avait pas peur. Ou plutôt, et puisque le père Jean lui avait enseigné que l'homme courageux est celui qui, connaissant la peur, la surmonte, il avait décrété qu'il ne serait pas de ceux qui laissent un danger passablement improbable le traîner de-ci de-là par les cheveux. Yacine, s'enhardissant, sauta sur un tapis craquant de feuilles séchées, contourna l'énorme tronc, fit quelques pas dans la direction d'où lui avait semblé provenir ce bruit d'herbes froissées. Et quand enfin il en aperçut la source, il crut qu'il allait mourir là. Il ne s'agissait, certes, que d'un lionceau inoffensif, qui ne devait pas être vieux de plus de trois mois."

(p 175) : " Il y avait cependant à Versailles trois êtres profondément heureux. A la moindre éclaircie, Jean Dubois interrompait sa tâche quotidienne, enfilait le grand manteau doublé de peaux de lapin qu'il s'était confectionné lui-même et emmenait Personne en promenade, Hercule à ses basques. Ils quittaient la ménagerie, gagnaient le bras le plus large du Canal, marchaient en direction du couchant, vers cette perspective habilement ménagée qui donnait aux promeneurs l'impression que le jardin ne finirait jamais ; et souvent Personne se lançait dans des courses folles, dont il revenait pantelant et ravi."