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Comment dire ce qu'est ce livre ? Ce n'est ni un roman, ni une biographie, encore moins une autobiographie ; peut-être peut-on l'appeler un récit,  en partie, émaillé des remarques personnelles, des pensées de l'auteure sur les sujets abordés. Et ces sujets sont nombreux : avoir ou non des enfants, la soi-disant supériorité des hommes sur les femmes, les préceptes judéo-chrétiens comme tu honoreras ton père et ta mère, les bienfaits ou méfaits de la Science, l'importance des mots et de l'écriture...

Au départ, il y a une femme, la narratrice, écrivaine devenue veuve et bloquée sur un livre dont elle n'a plus envie, qui reçoit une demande de préface pour un texte assez particulier puisqu'il s'agit du journal de Marie Curie, une femme qu'elle a toujours trouvée fascinante. Ce petit texte d'une vingtaine de pages a été rédigé par Mme Curie pendant l'année qui a suivi la mort de Pierre Curie, décédé à quarante-sept ans écrasé par une voiture à cheval. L'éditrice pense que Rosa qui se trouve donc dans la même situation que Marie à l'époque, pourra écrire quelque chose de fort sur leurs deuils.
Mais ce n'est pas un livre sur la mort, ce n'est pas un livre sur le deuil ; c'est, à partir d'éléments de la vie de la grande Marie Curie, un ensemble de réflexions sur sa vie, sur la vie de Rosa et sur la vie en général. C'est passionnant ! D'abord parce qu'on découvre une Marie Curie qu'on ne connaissait pas, géniale, courageuse et sensuelle ; ensuite parce qu'avec bon sens, humour et originalité, l'auteure nous présente un appétit de vie et une sensibilité intelligente inédits.

Extrait (p 33) : " Fernando Pessoa l'a très bien exprimé : "La littérature, comme toute forme d'art, est l'aveu que la vie ne suffit pas." Elle ne suffit pas, non. C'est pour ça que je suis en train d'écrire ce livre. C'est pour ça que vous êtes en train de le lire."

(p 112) : " Pour vivre, nous devons nous raconter. Nous sommes un produit de notre imagination. Notre mémoire est en réalité une invention, un conte que nous réécrivons un peu tous les jours... Ce qui veut dire que notre identité, elle aussi, est fictionnelle, étant donné qu'elle se fonde sur la mémoire. Et sans cette imagination qui complète et reconstruit notre passé, et qui donne une apparence de sens au chaos de la vie, l'existence pourrait nous rendre fous et serait insupportable, pur bruit et fureur. C'est pour ça que, quand quelqu'un décède... il faut écrire la fin. La fin de la vie de celui qui meurt, mais aussi la fin de notre vie commune. Se raconter ce que nous avons été l'un pour l'autre, se dire toutes les belles paroles nécessaires, construire des ponts sur les failles, débarasser le paysage de ses broussailles. Et il faut graver ce récit achevé sur la pierre tombale de notre mémoire"

Un livre dont de nombreuses pages atteignent le sublime !