51TiNlRrZkLMerci Monique Durand d'avoir si bien parlé de la littérature québecoise et surtout de la place de la littérature innue, ce soir-là (10 novembre 2017) à la Librairie Québecoise de Paris.

Du coup, est née une belle envie de découvrir cette auteure francophone au parler si enthousiasmant et à la faconde superbe ! Son récent roman, qui se situe dans plusieurs époques et plusieurs lieux est très représentatif de cette écriture venue de la Belle Province.
C'est une histoire familiale pleine de Poésie, de Nature, d'Humanité mais avec parfois aussi un peu de désespérance devant la dureté de la vie...

Le récit s'ouvre sur l'histoire de William, un jeune garçon chargé d'apporter un courrier urgent à son père, Etienne, qui travaille pour l'entreprise Sullivan au Sault-au-Castor ; à huit ans ce soir-là, il tue son premier orignal et en est terriblement bouleversé. Mais son père le sera plus encore en apprenant la mauvaise nouvelle envoyée par sa femme : la Sullivan ferme, c'est la crise qui sévit partout et entraîne trop de familles dans la misère.

William est un amoureux de la Nature :

Extrait (p 20) : "Ce que William aime par-dessus tout, c'est faire un feu au bord de la grève. Dans les soirs sans vent, quand la fumée monte droit vers les galaxies, cylindre d'abord compact puis s'évasant doucement jusqu'à se dissoudre dans l'air. Ces feux-là le consolent de tout. Des feux bien ronds et bien nourris, pas trop gros, juste faits pour lui et quelques étoiles, où le menu brasier est réparti avec un certain équilibre."

Et William a envie d'aller plus tard travailler loin, dans le Nord "Là, dans ce bout du monde, les aurores boréales embrasent le ciel tantôt en vert, tantôt en rose. Chaque fois, racontait Geoffroy, c'est comme si la moitié du ciel se déménageait dans l'autre, le début de la fin du monde ne serait pas différent. Et sous cette grande transhumance de laits pastel, il fallait s'accrocher pour que le sol ne se dérobe pas sous nos pieds."

Geoffroy, le frère aîné d'Etienne, a été très longtemps trappeur dans le Nord ; il y a des pages magnifiques sur cette vie de "trappage" et de rencontres très épisodiques avec d'autres humains, en particulier des montagnais, amérindiens du Québec, beaucoup plus fréquentes avec les animaux dont les trappeurs ne prélèvent que ce qui est nécessaire.

Aimé, le père d'Etienne et de Geoffroy, pêcheur originaire de Bretagne avait longtemps fait les campagnes de morues sur le Grand Banc de Terre-Neuve ; c'était vers la fin du XIXème siècle et un jour le jeune Aimé avait dit à sa mère que de la prochaine pêche, il ne reviendrait pas. C'est souvent ainsi que cette région s'est peuplée.

Des personnages forts, des histoires familiales entrelacées, un petit caillou qui fait le lien ; un très beau livre que l'on laisse avec regrets... Mais on va se précipiter sur les autres livres de Mme Durand !

 

Que_bec_en_novembre_2017