51e841vxlCLPrix des libraires du Québec 2016 ; Prix France-Québec 2016 ; Grand prix du livre de Montréal 2015

Mais qu'est-ce que c'est que cette grand-mère en pointillés ?
Comment une femme a-t-elle pu abandonner ses enfants de trois ans et un an pour aller vivre sa propre vie ?
Peut-on comprendre une attitude aussi choquante ?

C'est tout l'objet du livre magnifique d'Anaïs Barbeau-Lavalette, dont Suzanne Meloche était la grand-mère ; une grand-mère qu'elle ne vit que trois fois dans sa vie et dont elle essaie de retracer le parcours, une grand-mère qui a blessé profondément sa mère en l'abandonnant à l'âge de trois ans.

L'auteure remonte jusqu'en 1930, à Ottawa ; Suzanne "subit" une jeunesse difficile dans une famille Franco-Ontarienne pauvre, au moment de la Grande Crise, de l'omniprésence des prêtres qui imposent des familles trop nombreuses et de la domination des anglophones. Suzanne, au caractère fort et révolté, n'a qu'une envie, fuir.
Puis c'est la fin de la seconde guerre mondiale, Suzanne a dix-huit ans et quitte son Ontario natal pour le Québec ; brillante élève, elle a gagné un concours d'éloquence et est acceptée dans un établissement de Montréal pour compléter ses études. Elle a rencontré une bande d'amis, des jeunes créateurs, ébenistes, peintres, qui l'encouragent à publier sa poésie ; ce sont des contestataires, les "Automatistes". Parmi eux, Marcel, qui devient son mari et le père de ses deux enfants. Jusqu'au jour où,  sans doute trop éprise de sa liberté et de l'importance de sa créativité, Suzanne s'en va...

Le livre est une lettre adressée à Suzanne, à cette femme qu'il serait facile de haïr puisqu'elle a fait tant de mal ; sa petit-fille a préféré aller à sa rencontre, l'interpeller, mais pas la juger. C'est émouvant, instructif et très bien écrit ! Un très bon et beau livre, à ne pas manquer.

Extrait (p 21) : "Il fallait que tu meures pour que je commence à m'intéresser à toi. Pour que de fantôme, tu deviennes femme. Je ne t'aime pas encore.
 Mais attends-moi. J'arrive."

Que_bec_en_novembre_2017