5100woEnK6LMerci à Babelio et aux éditions Albin Michel

Il y a deux parties nettement séparées dans ce récit, deux parties qui se répondent : les garçons et les oiseaux dans un premier temps, les garçons à la guerre ensuite. Si les oiseaux sont la liberté, la légèreté et la beauté, la guerre, elle, n'est que pesanteur et laideur, bien que pleine d'humanité grâce aux mots de l'auteur.
Quand le livre commence, deux garçons d'une vingtaine d'années se rendent compte de leur amour commun pour la Nature et en particulier pour les oiseaux. L'un, Ashley, est un gentleman qui a vécu en Angleterre et en Allemagne avant de revenir gérer  les terres australiennes de son père décédé. "Il possédait tout ce qui s'étendait au-delà des marécages, et des marécages jusqu'à l'océan" (p 15).
L'autre, Jim, est un garçon simple que l'offre d'Ashley de travailler pour lui à mieux connaître les oiseaux et autres animaux de cette région du Queensland enchante ; il sait enfin ce qu'il peut faire de sa vie et ça lui plaît tellement ! Et Jim a une capacité étonnante : grand observateur, il est capable de voir aussi la scène de très haut, comme si lui-même était un oiseau planant ; capacité qu'il explorera aussi plus tard, à la guerre. "Il avait dans la tête une carte très claire de tout cela, comme si à tout moment de son observation de telle ou telle portion du terrain, allongé là à plat ventre, à l'affût d'un changement de forme ou de couleur trahissant la présence d'un petit corps, il voyait également la scène de très haut, tel un faucon..." (p 13)

Mais nous sommes en 1914 et leur temps béni passe vite ; après quelques mois, ils partent se battre en Europe. Et la belle écriture poétique utilisée par David Malouf pour parler du ciel, des marais et des oiseaux devient une écriture toute aussi belle mais plus brusque parfois, plus tendue aussi à l'image des souffrances et des absurdités de ce conflit cruel. Il a une façon de parler de la première guerre mondiale cet écrivain australien, un vocabulaire riche et précis qui fait que le lecteur à la fois ressent l'horreur totale de ces combats d'hommes dans la terre boueuse des tranchées, et en même temps, a l'impression de voir les batailles de haut, du dessus, comme Jim.

"Ashley, dont l'esprit avait tendance à généraliser, avait vu très clairement depuis le début que ce qui était à l'oeuvre ici, c'était l'émergence d'un nouvel ensemble de conditions. Rien, après cela, ne serait jamais plus pareil. La guerre était en train de se développer comme une branche de l'industrie. Plus tard, ce qui avait été appris sur le champ de bataille remonterait à l'arrière, et l'industrie dorénavant, peut-être toute la vie, serait organisée comme la guerre..." (p 183). Etonnante vision de cette guerre !

Un très beau livre, empreint de beaucoup d'humanité et de poésie, avec un regard original et assez bienveillant sur le monde ; c'est sans doute parce que l'amour que David Malouf porte à la Nature et à l'Homme transparaît dans ses magnifiques descriptions d'oiseaux et de paysages australiens et même dans la narration des scènes de batailles.
Et enfin, l'un des personnages nous livre cette superbe définition de la vie :
"Voilà ce que signifiait la vie, une présence unique, et elle était essentielle en toute créature. ... Une vie n'était pas faite pour quelque chose. Elle était, simplement" (p 214).