51JnQgFQWZLPrix littéraire des lycéens d'Ile-de-France 2014

Eh bien ! Mais quelle histoire ! Celle d'un étonnant secret de famille, bien gardé pendant très longtemps, mais... évidemment il finit par ressortir au grand jour.

"Je le sentais déterminé à liquider un très vieux mensonge et à se défaire en même temps d'un fardeau. Alors, il a poursuivi, en articulant bien, comme l'agrégé de grammaire qu'il est : "Je regrette que tu l'apprennes de cette façon. Je ne suis pas ton père biologique. Je t'ai reconnue à la naissance. Mais je ne t'ai pas conçue." Un silence. Il a ajouté : "Je suis désolé." " (p 19)

L'homme qui parle ainsi est le père de Laurence, qui apprend donc son adoption, à trente-cinq ans ; si elle est bien la fille de sa mère Cécile, à laquelle elle ressemble beaucoup, elle n'est donc pas celle de Jacques, l'homme qui l'a élevée, le mari de sa mère.
Peu de temps après, en fouillant dans des cartons, Laurence découvre des lettres et des textes d'un certain Guillermo Zorgen ; elle comprend que cet homme a été emprisonné puis jugé , que ce fut dans les années 70 un "activiste politique français", fondateur du "MLC" (Mouvement pour la Lutte Clandestine) et des "Frères rouges" des gropuscules d'extrême gauche, et qu'il est mort d'une chute - accident ?, suicide ?, meurtre ? - après sa libération. C'était aussi, surtout ?, un écrivain, un poète ; sa compagne s'appelait Sonia et quand Laurence découvre que Sonia et Cécile sa mère sont la même personne, il ne lui en faut pas plus pour imaginer que son père biologique est Guillermo, ce qui met son père adoptif dans une colère noire...

La construction du livre est épatante : le plus souvent c'est Laurence qui raconte son cheminement ; mais certains chapitres laissent la parole à d'autres protagonistes, son père, sa mère et quelques proches pour compléter le récit. Et surtout il y a entre les chapitres des textes et des articles de et sur Guillermo qui permettent au lecteur d'essayer, comme Laurence, de se faire une idée sur l'homme qu'il était, sur les années 70 en France et sur le fonctionnement des petits groupes de révoltés anarchistes.

Quête d'identité, mise au jour de secrets bien enfouis, passion et trahison sont au coeur de ce livre original et bien écrit, sur une idée tout à fait intéressante ; une enquète suivie et même réalisée par le lecteur en même temps que l'héroïne.

Extrait (p 112) : "La pensée de Guillermo m'accompagne souvent. Elle ne me pèse pas, ne m'effraie pas. Je m'y laisse aller comme on cède au courant, même si je me suis promis, par loyauté envers Jacques, d'arrêter bientôt les recherches.Je me surprends à rêver sur sa photo, la seule, que j'ai scannée et emportée dans mon ordinateur. Ils me plaisent, l'allure et le geste de ce très bel homme qui a une carrure de tribun de la plèbe. Je ne lui trouve pas l'air d'un malfrat, ni d'un poète, d'ailleurs. Je lui trouve encore moins l'air d'un père."