51QIOfnpYrLOh le très beau livre, sensuel et poétique, avec lequel on passe un superbe moment ! Les odeurs surtout, mais aussi les goûts, les couleurs et les textures sont détaillées de façon à nous plonger dans un univers de ressentis très original...

L'histoire, qui se passe dans l'Empire du Japon au XIIème siècle, est celle d'une jeune femme nommée Amakusa Miyuki ; son mari, pêcheur de carpes dans la rivière Kusagawa meurt noyé, or Katsuro était toute la vie de Miyuki. Cette petite paysanne de vingt-sept ans décide de terminer le travail de son époux chéri : elle portera, comme son mari le faisait, les poissons dans des nacelles remplies d'eau et garnies d'un fond d'argile, suspendues aux bouts d'une perche placée horizontalement en travers des  épaules.
Son mari, après avoir pêché les carpes, les avoir acclimatées, nourries, caressées, apprivoisées dans son bassin, les emportait à pied jusqu'à la ville impériale, Heiankyo, où il les remettait au directeur de Bureau des Jardins et des Etangs, Nagusa Watanabe ; elles étaient ensuite placées dans les étangs sacrés dédiés à l'Empereur et aux Dieux.

La route de Miyuki est longue et semée d'embuches ; sa grande marche à travers montagnes, forêts et villages pour porter ses carpes fera connaître quelques aventures à cette femme non instruite mais si intelligente et délicate de sentiments ; elle ne peut se douter de ce qui l'attend dans cette grande ville qu'elle n'a jamais vue mais dont son défunt mari lui a souvent parlé.
Quand Miyuki arrive à Heiankyo, le jeune empereur a décidé de participer au concours de senteurs qui a lieu tous les ans ; il demande à Nagusa d'élaborer un parfum "restituant les effluves d'une demoiselle qui, surgie du brouillard noyant un jardin, franchit un pont en dos d'âne pour rejoindre un autre jardin tout aussi noyé de brume que le premier". Or Nagusa a remarqué la drôle d'odeur qui se dégage de Miyuki...

Tout est dépaysant dans ce récit, bien que les sentiments humains ne changent guère : le temps qui s'exprimait en heure du coq, du rat ou du cheval, les vêtements des femmes qui portaient couramment plusieurs robes superposées, la "Tradition" si respectée au Japon de cette époque, la notion de pureté et d'impureté qui régissait une bonne partie de la vie sociale et mille autres choses du quotidien médiéval japonais.

Extrait (p 212) : " ... cette ville était la plus belle chose que Miyuki ait jamais contemplée, exception faite, bien sûr, du corps de Katsuro les nuits où, après s'être occupé de ses poissons, il s'extrayait, nu, ruisselant, du bassin des carpes, et s'ébrouait, heureux, en lançant vers la lune une large pluie de gouttelettes comme s'il ensemençait le ciel, après quoi, toujours nu, le sexe luisant d'eau et de mucus, il enlaçait sa femme, la serrait à la faire crier, et l'aimait debout...".

Un texte puissant, un conte sensuel, magnifique, et une très belle histoire d'amour ; le(a) lecteur(rice) est comblé(e) !