51x_ygh7AdLEncore une fois, Peter May nous offre un livre passionnant, aussi bien grâce à l'intrigue parfaitement menée, que grâce au personnage du flic accablé et surtout à l'évocation des conséquences de la "Famine de la pomme de terre" qui a sévi en Ecosse (et pas seulement en Irlande) dans les années 1850. A cette époque, beaucoup d'écossais, de petits métayers, furent chassés de chez eux ; vivants dans des blackhouses aux "toits de chaumes courbes campés sur d'épais murs de pierre laissant échapper par leurs lézardes et leurs crevasses la fumée de tourbe qu'emportaient les bourrasques glacées de l'hiver", ils durent laisser la place aux moutons, les propriétaires terriens désirant développer leur élevage extensif. Et ils partirent vers l'ouest, vers le Québec, sur des bateaux où le long voyage devenait vite un cauchemar sans eau ni nourriture...

L'action principale se situe de nos jours et dans un lieu très particulier, une des îles de La Madeleine, petit archipel situé dans le golfe du Saint-Laurent au Québec ; Sime (Simon en gaélique écossais) parlant parfaitement anglais, la langue parlée sur l'île d'Entrée (les habitants du reste de l'archipel parlent français) il est chargé d'aller sur le lieu d'un crime, le premier depuis très longtemps en ces lieux où nul ne ferme sa porte.
Sime est un policier encore jeune, basé à Montréal à la Sureté du Québec, détruit par un manque de sommeil chronique qui le place dans un état second ; il vient de se séparer de sa femme Marie-Ange, expert médico-légal avec laquelle il faudra pourtant bien cohabiter le temps de l'enquête.
La première fois qu"il voit Kirsty Cowell, l'épouse du mort, il est persuadé de la connaître déjà ; son mari a été tué la veille au soir, en tout cas c'est ce qu'elle dit, alors qu'il tentait de la sauver d'une attaque au couteau effectuée par un homme cagoulé.
Etonnant : si elle avoue n'avoir jamais rencontré Sime et ne pas du tout le connaître, elle reconnaît par contre le motif de la chevalière qu'il porte et se souvient avoir eu un médaillon avec le même dessin gravé...

D'île en île, d'Ecosse au Canada et surtout d'une époque à l'autre, le lecteur va où l'auteur l'emmène, découvrant des histoires humaines étonnantes dans des lieux battus par les vents et la pluie ; des aventures anciennes qui se rapprochent d'histoires actuelles, des récits familiaux où des arrière-arrière-grands-parents ouvrent la voie à leur descendance.

Peter May par le biais d'une histoire policière très réussie, nous plonge de nouveau dans l'Histoire de son Ecosse natale, ce pays qu'il aime et connaît si bien et auquel il souhaite intéresser ses lecteurs ; c'est un roman très réussi, puissant et envoûtant, à ne pas manquer !

Extrait (p 370) : " Eh bien, nous avons toujours su que nous sommes écossais, n'est-ce pas ? La famille de maman venait, elle aussi, d'Ecosse. Mais cela n'a jamais paru important. C'était juste de l'histoire. Comme les récits des journaux intimes. D'une certaine façon, je n'ai jamais vraiment cru que ces gens avaient existé. Il ne m'est jamais venu à l'esprit que c'est à cause d'eux qu'aujourd'hui, nous sommes ce que nous sommes. Que nous existons grâce aux épreuves auxquelles ils ont survécu, au courage qu'il leur a fallu pour simplement rester en vie."