51imHdd8w6LUn premier roman au suspens qui monte, qui monte... tout au long de ses 265 pages.

De quoi a-t'elle voulu parler, Adeline Dieudonné, qu'a-t'elle voulu dénoncer dans ce conte cruel et violent ?

Son héroïne est une petite fille surdouée dont on ne saura pas le prénom (sans doute pour que l'histoire soit universelle) qui grandit au sein d'une famille violente : c'est le père qui est tyrannique, la mère n'est qu'une "amibe" qui supporte tout, les coups et l'autoritarisme. Ce père terrifiant, grand chasseur, a même une pièce dans la maison, la chambre des cadavres, où il entrepose ses trophées, en particulier une hyène empaillée, qui focalise la peur des plus jeunes et représente toute la méchanceté du monde ; un père qui pense que dans la vie, on est soit un prédateur soit une proie, et qui,  quand il regarde sa fille, lui "enlève la vue de son avenir"...

Alors les deux enfants, elle et son petit frère Gilles, s'épaulent et essaient de traverser leur enfance malmenée avec le moins de dommage possible. Dans le lotissement "moche" où ils habitent, un glacier passe les soirs d'été, et c'est leur récréation, leur petit moment de bonheur que de savourer leurs boules vanille-fraise et chocolat-stracciatella. Mais un jour, il se produit un accident, et la petite fille pense qu'il est de sa faute. Et Gilles change alors complètement de comportement, leur belle entente disparaît, elle se retrouve seule avec cette envie de remonter le temps pour effacer ce qui s'est produit. Loin de baisser les bras, elle se transforme en guerrière...

Donc l'auteure nous parle de la peur, de l'angoisse terrible de l'enfant face à la colère incompréhensible d'un adulte ou à sa perversité ; son style incisif et précis nous permet de partager l'évolution de cet effroi en parallèle avec la transformation de la fillette en adolescente de quinze ans qui quitte une certaine innocence pour rencontrer le réel, tout en gardant sa candeur. Son obstination réussira-t'elle à rendre son sourire à ce petit frère attiré par la hyène ?

Un livre lu le coeur battant, en se demandant mais la vraie vie, c'est quoi ?

Extrait : " C'était un homme immense, avec des épaules larges, une carrure d'équarrisseur. Des mains de géant. Des mains qui auraient pu décapiter un poussin comme on décapsule une bouteille de Coca. En dehors de la chasse, mon père avait deux passions dans la vie : la télé et le whisky. Et quand il n'était pas en train de chercher des animaux à tuer aux quatre coins de la planète, il branchait la télé sur des enceintes qui avaient coûté le prix d'une petite voiture, une bouteille de Glenfiddich à la main. Il faisait celui qui parlait à ma mère, mais, en réalité, on aurait pu la remplacer par un ficus, il n'aurait pas vu la différence. Ma mère, elle avait peur de mon père." (p 11)