31pQSryQTbL" Nous étions quatre kamikazes ; notre mission consistait à transformer la fête au Stade de France en un deuil planétaire. Serrés dans la voiture qui nous transportait à vive allure sur l'autoroute, nous ne disions rien. Il y avait deux frères que je ne connaissais pas, un devant avec Ali le chauffeur, l'autre sur la banquette arrière à côté de Driss, et moi." (premières phrases)

Dès le début on peut saisir ce qui fera l'essentiel de ce livre : l'auteur se met à la place d'un terroriste, et nous sommes le 13 novembre 2015. Le suspens démarre, même si on sait déjà qu'il ne se passera rien à l'intérieur du stade...
Tout est vu, ressenti, pensé depuis la tête d'un jeune homme issu de Molenbeek, dont Y. Khadra explique l'enfance triste et plutôt violente, l'adolescence désoeuvrée et ennuyeuse, puis la radicalisation progressive, ses parents lui apparaissant comme des "parasites résistants, rendant le monde de moins en moins attrayant". (p 19)

"Qu'as-tu fait de ta chienne de vie ?" a demandé Lyès, l'émir, celui qui l'a "éveillé aux indicibles beautés intérieures et ... fait de moi un être éclairé". Est-ce vraiment la désillusion totale face à un monde si peu accueillant pour eux, puis la rencontre avec de beaux parleurs hypnotisants qui transforment des jeunes gens en terroristes capables du pire ?

Sur les trois garçons qui ont grandi ensemble en Belgique, deux se sont radicalisés ; le troisième, plus à l'aise dans le quotidien sans doute parce que bien suivi et accompagné par sa mère, mène une existence normale, a fait des études, travaille et va se marier. Les discussions entre ce Rayan qui peine à croire à ce que sont devenus ses amis et Khalil montrent à la fois la solidité de leur amitié et l'incompréhension sur le sens de la vie qui les sépare.

Quand la ceinture d'explosifs que porte Khalil ne fonctionne pas, c'est l'angoisse, la perte totale de repères, la peur d'être pris pour un déserteur et la fuite...
Plusieurs évènements vont ensuite frapper brutalement Khalil et un jour, une autre opération se profilera au Maroc...

L'auteur a choisi de dire "je" pour mieux nous convaincre sans doute ; chercher une autre famille, tenir le bonheur d'être un frère, se sentir enfin important alors qu'il a l'impression que la société n'a pas voulu de lui, être pris dans un réseau dont il ne pourrait se défaire même s'il le souhaitait puis devenir un mort-vivant, c'est le destin de Khalil, à moins d'un sursaut radical...