41l01Kvx1NLPrix Transfuge du meilleur polar étranger 2016

Dernier opus de la trilogie de Zygmunt Miloszewski, après "Les impliqués" et "Un fond de vérité", "La rage" continue d'explorer la vie de Teodore Szacki en Pologne et ses aventures de procureur rigoureusement honnête mais plutôt raide, courroucé souvent et assez compliqué...

Très bien construit, fouillant le psychisme et le coeur de Szacki, un être tout en contradictions, ce troisième récit commence par un meurtre commis par... le procureur lui-même... stupeur du lecteur ! qui aura tout le reste du récit pour comprendre comment il a pu en arriver là.

L'histoire commence par la découverte d'un squelette complet sur un lit, dans l'ancien abri antiaérien d'un hôpital ; nous sommes en novembre (2013), une saison particulièrement lugubre en Pologne semble-t'il, avec "des trucs dégueulasses qui tombent du ciel", dans la ville de Olsztyn, en Varmie, au Nord Est du pays, où officie maintenant notre magistrat.
Peu intéressé, Szacki transmet ses ordres à la police et rentre chez lui retrouver la "grande mégère boudeuse" (sa compagne) et la "petite mégère boudeuse" (sa fille), qui, à son grand étonnement, semblent s'entendre à merveille quand il n'est pas là...
Mais le professeur de médecine légale Ludwik Frankenstein (!) lui apprend de drôles de choses sur son mort : le squelette est récent, c'est celui d'un homme d'une cinquantaine d'années, qui a subi une opération à la main quinze jours plus tôt... donc il ne date pas de la guerre. Le cadavre a du être brûlé par de la soude et tous les os n'appartiennent pas à la même personne. Szacki est ferré et entre ses soucis de père et le mystérieux mort, il ne prend pas la mesure de la détresse de la femme qui vient porter plainte contre son mari... Il risque de le payer très cher !

Chaque chapitre commence par un petit écrit sur ce qui se passe à ce moment-là en Pologne et dans d'autres pays ; bien qu'il y ait un peu de tout, le thème récurrent concerne les violences faites aux femmes et particulièrement les agressions domestiques.

Comme dans ses autres polars, l'auteur ne fait pas que raconter une histoire policière ; il se fait tour à tour philosophe, historien, psy, humoriste, etc. mais reste toujours un écrivain talentueux, intelligent et imaginatif.
Et même si son héros est moyennement sympa, on ne peut pas s'empêcher de s'attacher à lui !

Extrait p 19 : " Le procureur Teodore Szacki était persuadé que personne ne méritait la mort. Jamais. Personne, quelles que soient les circonstances, ne devrait priver un autre humain de sa vie, ni en violation de la loi ni selon ses principes. Il en était intimement persuadé depuis toujours, depuis aussi longtemps qu'il s'en souvenait, et maintenant, coincé au croisement des rues Zolnierska et Dworcowa, il sentait pour la première fois sa certitude vaciller."