Titre complet : "ÁSTA", "Où se réfugier quand aucun chemin ne mène hors du monde ?"

Premières phrases :
"Les pages qui suivent renferment le récit de la vie d'Ásta, qui a jadis été jeune, mais qui est nettement plus âgée au moment où ces lignes sont écrites ou, disons plutôt, hâtivement griffonnées, puisqu'ici tout advient à grande vitesse, y compris quand l'histoire avance si lentement que le temps semble presque immobile.
D'ici peu, je vous expliquerai pourquoi ses parents l'ont appelée Ásta."

Le début est donc tout à fait raisonnable et nous retrouvons avec émotion et plaisir le style inimitable et poétique de J. K. Stefansson. Et puis très vite, on ne sait plus très bien où on en est : Helga et Sigvaldi sont les parents d'Ásta, ils sont très amoureux malgré les dix ans d'âge qui les séparent. Ils ont déjà une petite fille un peu plus grande qu'Ásta, ils habitent Reykjavík et Sigvaldi est peintre en bâtiment.
Puis l'écrivain islandais nous prévient, on est trente ans plus tard... Sigvaldi vient de tomber d'une grande échelle, par terre, sur un sol très froid, et il se souvient de façon désordonnée : son père qui meurt, sa mère et ses soeurs, et un petit frère qui réapparaîtra régulièrement ; son mariage qui deviendra vite très difficile avec Helga malgré la naissance des deux enfants, sa rencontre plus tard avec Sigrid, sa vie en Norvège avec elle et Sesselja, la fille d'Ásta. Que penser de cette existence ?

Le va-et-vient entre différents passés et le présent se met en place ; Sigvaldi remarié en Norvège et vivant avec sa petite fille... qu'est devenue Helga, le grand amour de sa vie ? Pourquoi Ásta ne vit-elle pas avec sa fille ? Que s'est-il passé enfin dans cette famille ?

Et en fil rouge, régulièrement tout au long du récit, un téléphone qui sonne... Et les lettres d'Ásta à son amour, son amant... Et des interventions du narrateur.

J.K. Stefánsoson est passé maître dans l'art des narrations que l'on pourrait croire un temps décousues ; mais pas du tout ! Quand le livre se termine, le lecteur a l'histoire toute entière dans la tête. Une histoire qui, si les personnages sont parfois tellement heureux et enthousiastes que c'en est contagieux, peut nous entraîner, un peu comme les romans québecois - serait-ce un problème de froid et d'obscurité ? - vers une certaine désespérance...

Ásta a été élevée par une nourrice aimante ; très bonne élève mais adolescente à problème, elle fut envoyée dans une ferme éloignée, chez un paysan taciturne dans les fjords de l'Ouest. C'est là qu'elle a rencontré un garçon nommé Jósef, le seul avec lequel elle a "le courage de s'ouvrir vraiment".

Premières phrases de l'épilogue (p 463) : "Il est impossible de raconter une histoire sans s'égarer, sans emprunter des chemins incertains, sans avancer et reculer, non seulement une fois, mais au moins trois - car nous vivons en même temps à toutes les époques. J'ai commencé à vous raconter l'histoire de Helga et de Sigvaldi quand ils étaient jeunes, heureux et qu'ils avaient une table massive et solide dans leur cuisine. Puis des choses sont arrivées."

La beauté des aurores boréales, les difficultés de vivre, le hasard et le destin, l'amour et ses tumultes, le désir charnel et le passé qui hante les existences...

Magnifique ! Comme toujours avec cet auteur...