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En exergue du livre d'André Bucher, une citation d'Alphonse Allais qui explique le très beau titre, et donne le ton du livre :

"Cabaret des oiseaux : plante assez rare. Elle produit de nombreuses graines dont sont friands les merles et les
corneilles.
Dans la vie, il ne faut compter que sur soi-même et encore, pas tellement."

André Bucher, écrivain et paysan ("c'est toujours de la culture"...), vit dans la Drôme au milieu des grands paysages au climat rude dont il sait admirablement parler ; défendant à la fois le développement durable et l'imaginaire qui sont pour lui indissociables, il dit écrire "en immersion dans la nature".

"Le cabaret des oiseaux" raconte l'histoire de Tristan, qui dès le prologue, explique qu'il fut un enfant perdu qui, parvenu presqu'à l'âge adulte, 19 ans, a fait dix-huit mois de prison ; il parle de sa mère seconde Maryse, qui a pris soin de lui après la mort de sa mère première Blanche, assassinée par deux inconnus alors qu'elle voulait protéger son enfant.
Tout près de la petite ville de Sisteron, ils habitaient une ferme, Blanche chantait, ils étaient heureux ; plus rien, jamais, ne fut comme avant, ni pour Tristan le petit garçon de six ans qui arrête quasiment de parler, ni pour son père, Alex, qui "boit comme un trou" et se met à battre son fils...
Jusqu'à l'arrivée de Maryse, qui "vient des bars des hommes et du froid".

Tristan avait dû voir "un docteur de l'esprit" , et s'était fait des amis : une corneille et un merle qu'il a apprivoisés. Il s'est attaché à Maryse et a fini par rencontrer Germain, un vieux berger et grand-père de rechange "je le vois encore se réchauffer devant la cheminée, au centre de la salle à manger. Il rit. Ses yeux pétillent. On dirait qu'il est heureux d'être vivant." (p 57)
Beaucoup de personnages cocasses habitent l'histoire et nous font sourire, le petit mètre d'école, le docteur des généralités, la maîtresse aux belles cuisses ; et puis bientôt ce sont les filles, Tristan a seize ans, dix-huit ans, et un jour deux hommes arrivent pour emmener Maryse...

L'écriture est très belle, sensible, poétique, philosophique, étonnante : " Alex a essayé de réchauffer Blanche, de la faire revenir en l'embrassant, en lui caressant fort la poitrine, mais on ne ranime pas un corps dont on a replié les ailes des yeux". (p 16)
C'est qu'il sait bien redevenir un enfant notre écrivain-paysan, recréer le monde, écrire les mots qu'il utilisait et sa façon de penser de quand il était tout jeune ; et c'est sans doute le secret de ce livre, de l'émotion qu'il dégage et de l'empathie que ressent son lecteur.