71Z9ahOnnaL« J’aime composer des romans comme un architecte dessine une maison. Chaque pièce doit exister en elle-même mais il faut aussi que le lecteur déambule de l’une à l’autre avec curiosité, découvre des passages secrets, embrasse soudain une perspective inattendue, avant de gravir, un peu tremblant, un escalier qui le conduira il ne sait où », confie la romancière australienne.
Et c'est exactement cela que l'on savoure dans le gros roman (616 pages... mais vite lues !) de l'australienne Kate Morton ! "La prisonnière du temps" est une oeuvre foisonnante, qui  fait des pauses à différentes périodes, remontant de nos jours jusque dans les années 1860 ; remarquablement construit, c'est presque plus l'histoire de Birchwood Manor, une belle grosse maison de la campagne anglaise, que celle de ses habitants successifs.

L'auteure mêle savamment les époques pour nous faire découvrir depuis la maison, des destins qui s'entrecroisent, des périodes terribles de l'Histoire - la seconde guerre mondiale -, un mouvement artistique - les préraphaélites de la fraternité Magenta  -, l'existence du Radcliffe Blue, un énorme diamant disparu depuis très longtemps et que d'aucun aimerait retrouver, l'éducation des jeunes filles de bonnes familles dans un pensionnat qui occupa la maison, l'assassinat d'une jeune fiancée, et des endroits secrets datant de moments où l'on pourchassait les prêtres.

Il faut que le lecteur accepte d'être un peu perdu pendant les soixante premières pages environ ; "mais où tout cela nous mène-t'il" ? Puis, les choses se mettent en place petit à petit, et la tension monte jusqu'au dénouement final qui a été supputé, imaginé plusieurs fois pour être remanié à chaque fois qu'on se dit Ah non, c'est pas cela la solution...

Il y a donc une grande maison située au bord d'une rivière, habitée par une femme morte depuis un certain temps et qui raconte une partie de l'histoire, une équipée de peintres et de poètes qui viennent créer et inventer, une jeune fille issue d'un milieu très modeste qui devient la muse d'Edward Radcliffe, le peintre propriétaire de la belle demeure et un certain nombre de secrets ; plus tard au XXème siècle, c'est une jeune archiviste particulièrement curieuse, Elodie, qui, mise en alerte par la découverte d'un dessin dans une sacoche, va mener une enquête à suspense pour comprendre son intense impression de déjà-vu...

Un bon gros roman pour l'été, qui fait passer de très bons moments de lecture !

Premières phrases : " Si nous nous sommes retrouvés à Birchwood Manor, c'est que les lieux, disait Edward, étaient hantés. Ce n'était pas le cas - pas encore - mais il faut être bien revêche pour s'abstenir de raconter une bonne histoire sous prétexte qu'elle est fausse. Edward était tout sauf revêche. Sa passion, sa foi aveugle en ce qu'il défendait, même les idées les plus absurdes, constituaient deux des raisons pour lesquelles j'étais tombée amoureuse de lui."