511uy7yaokLPrix du premier roman étranger 2015

Dans un petit village brésilien un peu abandonné et perché au sommet d'une colline "Otto et Ada avaient passé un demi-siècle ensemble à cuisiner, à faire des puzzles géants de châteaux européens et à jouer au ping-pong le week-end (du moins jusqu'à l'arrivée de l'arthrite). Ada et Otto avaient vieilli côte à côte et, à la fin, ils avaient pratiquement le même timbre de voix, le même rire, la même démarche. Ada avait les cheveux courts, elle était maigre et aimait le chou-fleur. Otto avait les cheveux courts, il était maigre et aimait le chou-fleur." (p 9)

Mais voilà, Ada est morte ! Elle était une figure centrale de son quartier et son absence est lourde pour Otto qui désormais ne quitte plus son pyjama et ne sort plus de chez lui. Ada était pétillante, faisait du bruit dans la cuisine et lui offrait de la tisane quand il n'arrivait pas à dormir ce qui était fréquent : " Il pensait beaucoup à la mort, à ce que ça ferait de dormir pour l'éternité. Pendant que les heures défilaient, il s'efforçait de rester immobile en faisant mine d'avoir rendu l'âme ; il essayait d'imaginer comment ce serait d'avoir un corps sans vie, flottant dans un vide éternel, et de ne plus jamais rouvrir les yeux, toutes choses joyeuses et édifiantes auxquelles on songe quand on n'arrive pas à dormir." (p 66)

Le charme de ce livre ? Une histoire simple - un homme va être tué et enterré secrètement - et des personnages complètement loufoques : Nico le garçon de la pharmacie obnubilé par les médicaments et leurs effets secondaires ; Teresa la voisine de droite, maîtresse de trois terribles chiens et dont la maison est menacée par une armée de cafard, Iolanda la voisine de gauche munie de chihuahuas hystériques et qui ne s'exprime qu'en hurlant tant elle est sourde ; Marina une anthropologue délaissée par un mari voyageur et Mr Taniguchi un ancien soldat japonais qui a poursuivi la guerre trente ans après sa fin...
Et puis il y a Anibal le plus désastreux des facteurs, qui confond les dates et les maisons et fait sa distribution fantaisiste en chantant à tue-tête ainsi que son remplaçant interimaire du mois de septembre, Aidan, rigoureux et ordonné, l'exact opposé d'Anibal.
Tout ce qui s'est passé a été fait dans le dos d'Otto, qui pourtant, à certains indices, une agrafeuse, des tulipes, un rouquin qui rôde, se douterait bien un peu de quelque chose...

C'est vivant, à la fois drôle et triste, il y a un peu de suspense et beaucoup d'humanité ; un petit bouquin très original et bien agréable à lire.

Extrait p 117 : " Profitant de l'absence de sa maîtresse, Ananias avait à peu près complètement déchiquetté le canapé. Mendonça s'était gavé de bourre et était à présent affalé par terre, avec des aigreurs d'estomac, car son régime habituel comprenait bien des tongs en caoutchouc mais pas de mousse, dont on reconnaîtra volontiers qu'elle est parfois indigeste... La porte de la petite pièce du fond était ouverte, légèrement amochée par Tuco, qui s'attaquait maintenant à une pile de documents en allemand..."