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Ecriture fine et délicate, parfaitement assortie aux sentiments ressentis ; texte subtil, tout en retenue, sauf les éléments qui eux, sont capables de violence et de déchainement dans cette zone souvent venteuse et houleuse du milieu de l'Atlantique sud.
Ida est partie du Cap vers cette île de Tristan perdue entre Afrique et Amérique ; la narratrice décrit la soufrance d'être éloignée de Léon, l'homme qu'elle aime, mais aussi la sensation d'abandonner une vieille peau, de voir des lambeaux du passé se détacher et s'envoler. Il y a très souvent cette dualité dans le récit, à la fois une chose et une autre, souvent son contraire.

Sur l'Austral, Ida assiste au ballet envoûtant des albatros, à la formation de la petite communauté de voyageurs ; puis c'est le surgissement de l'île après sept jours de bateau. Découverte de la vie sur cette petite île, la messe du dimanche, le travail à la conserverie, la traite des vaches ; l'échouage d'un cargo provoque une marée noire dans l'aire de reproduction des manchots sur l'île aux oiseaux toute proche. Ida va aider au nettoyage et au nourrissage des gorfous ; c'est alors qu'elle rencontre Saul et que l'amour s'impose...

Autre dualité : aller sur l'île sauver des oiseaux mazoutés mais aussi attrapper des poussins de pétrels pour le "fat trip", dépiauter et saler la viande, puis la manger.

Histoire originale d'un voyage, récit d'une belle expérience, mise en mots de ce que c'est que voyager : être à un endroit tout en étant pas de cet endroit mais d'un autre, vivre au rythme de la Nature, tester l'insularité.

Premières phrases : " J'aurais voulu une autre histoire. Une histoire dans laquelle je n'apparaîtrais pas. J'aurais voulu une lumière plus diffuse. J'aurais aimé un dieu qui me guide et à qui j'aurais emboîté le pas. Dans cette marche paisible, je me serais laissé envoûter par de beaux paysages, j'aurais salué des gens aimables, j'aurais habité, mangé, chanté sans heurt ni peine, ignorant l'amertume qui colle encore à chacune de mes dents. J'aurais voulu écrire un autre passé. Un passé qui épargne le réflexe de baisser les yeux à la question : Alors ? C'était-bien-c'était-comment-ton-voyage ?"