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L'auteur nous raconte ce qui semble être une histoire vraie, la sienne, quand il a passé tout un hiver isolé dans les Rocheuses (Idaho / Montana) ; à l'époque, c'était un jeune type qui avait reçu une éducation solide mais qui n'avait quand même pas grand chose dans la cervelle... Au début du récit il est particulièrement agaçant, à se demander ce qu'il fait là, et s'il n'est pas en train de manquer une fête quelque part, avec ses copains...

Les premières pages sont donc un peu éprouvantes, pour nous lectrices et lecteurs ! Allons-nous passer tout le bouquin avec ce crétin - c'est lui qui le dit - qui gémit sur son sort, ne sait pas faire grand chose si ce n'est déprimer ? Il s'est pourtant proposé de lui-même pour garder des millions d'oeufs de saumon implantés dans un bras entre deux rivières, attiré par la découverte du monde sauvage. Mais une fois mis au pied du mur, le narrateur n'est pas très fier : tout l'inquiète, surtout cette solitude terrible de l'hiver dans les montagnes. La chasse n'est pas non plus évidente pour lui, quelques scènes à ce sujet sont désagréables...
L'auteur n'est pas tendre avec lui-même, ce jeune garçon très doué pour boire et faire la fête, mais qui se lance sans réfléchir dans toutes sortes d'aventures... Pourtant, là, l'évolution va être profitable et spectaculaire, donc il a fait un bon choix : le froid, la nécessité de s'en sortir dans ces grands espaces enneigés sans personne à proximité, quelques épreuves douloureuses vont faire de Pete Fromm un homme, celui qu'il rêvait de devenir.
Il est partie avec la chienne qui lui a été offerte, Boone, et qui sera une compagne fidèle et joueuse ; des livres, de nombreuses observations, un peu de pratique, vont le changer totalement en particulier dans ses rapports au monde sauvage et ses relations aux autres.

Malgré un début peu prometteur, l'ensemble du livre est vraiment intéressant : bien sûr il fait très froid l'hiver dans les Rocheuses, mais il peut y avoir en plus des vagues de grand froid à - 40 °C et là la vie devient très compliquée ; la présence des chasseurs qui prennent leur plaisir à tuer des animaux magnifiques va aussi le faire changer, tuer pour manger oui, mais seulement pour manger...
L'écriture simple et assez classique, fait ressortir l'exceptionnel des situations et la quête de l'essentiel, parfaitement présentés ici.

Premières phrases : " Après le départ des gardes, la tente que nous avions dressée me parut encore plus petite. Je me tenais devant elle, et un frisson que je croyais dû à une bourrasque me parcourut le cou. Allais-je vraiment vivre là-dedans désormais ? Serait-ce là mon foyer pour les sept mois à venir , Seul, durant tout un hiver ? Je jetai un coup d'oeil vers la rivière sinueuse, entre les parois sombres et accidentées du canyon qui découpaient déjà le soleil de ce milieu d'après-midi. Il n'y avait rien au-delà de ces murs de pierre et de verdure, si ce n'est les étendues sauvages de la Selway-Bitterroot, à l'infini. J'étais seul, au coeur même de la solitude."