"Zouleikha, ouvre les yeux" de Gouzel Lakhina * * * * * (Ed. Libretto ; première publication 2015)
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L'autrice russe, Gouzel Lakhina, raconte dans ce récit en forme de grande fresque, la vie de Zouleikha, une paysanne tatar, en Russie, au début de la période soviétique, dans les années 1930, et jusqu'après la seconde guerre mondiale.
L'histoire s'ouvre sur les répressions contre les paysans aisés, et va suivre le long chemin d'exil vers la Sibérie des koulaks, ces paysans accusés de ne pas partager leurs richesses...
Il y eut quatre millions de personnes dékoulakisées dans les années trente, la dékoulakisation étant l'expropriation des paysans aisés et la confiscation du bétail ; une répression très violente, entraînant de nombreux morts et d'importants déplacements de populations.
Le voyage prendra des mois et se terminera en Sibérie ; accompagnés tout du long par Ivan Ignatov, le commandant responsable de ce groupe, beaucoup périront de faim, de froid, noyés... Quelques-uns réussiront à s'évader et une poignée, dont Zouleikha, plus ou moins protégée par Ignatov arriveront à destination c'est à dire nulle part...
Tout au long du récit, un lien se tisse entre Zoulleikha et Ivan Ignatov ; mais Ivan a tué le mari de Zouleikha... Alors l'attirance profonde qu'ils ressentent est source de souffrance pour la jeune femme.
Au milieu de toutes les difficultés, l'entraide, l'amour, la maternité, l'amitié et l'art sont des ressources qui peuvent aider à survivre et la poignée de déplacés va réussir à fonder un hameau qui deviendra une petite ville sur les rivages du fleuve Angara, au fur et à mesure de l'arrivée d'autres déportés.
Une lecture un peu difficile à cause de ce que le peuple russe a pu subir au nom du communisme ; la tristesse et l'absurdité de ces déplacements envahissent le lecteur ; mais la narration sensible et humaine, l'écriture simple et légère, positive le plus souvent, la naïveté et l'intelligence de la jeune femme aux yeux verts permettent de ressentir qu'au plus profond de la désespérance, il y a toujours un désir de vivre et une aspiration à continuer.
Magnifique portrait de femme dont nous suivons le destin depuis l'âge de quinze ans où elle a une existence très soumise à une belle-mère méchante et un mari exigeant, jusqu'au jour où elle sera capable de vivre sa vie de femme responsable et aimante.
Une très très belle lecture !
Premières phrases : " Zouleikha ouvre les yeux. Il fait noir comme au fond de la cave à provisions. Derrière le rideau fin, les oies soupirent dans leur sommeil. Le poulain d'un mois clappe des lèvres, cherchant la mamelle de sa mère. De l'autre côté de la petite fenêtre près de la tête du lit, une tempête de neige mugit sourdement. Mais l'air glacé de janvier n'entre pas dans l'isba : merci, Mourtaza, d'avoir calfeutré les fenêtres avant les grands froids. Mourtaza est un bon maître de maison. Et un bon mari."
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