"L'empereur de la joie" de Ocean Vuong * * * *
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Pourquoi ai-je beaucoup aimé ce livre ? Cette fois, j'ai du mal à cerner la réponse, et je vais devoir émettre des hypothèses pour répondre à cette question...
D'abord, il y a l'écriture ! C'est sans doute ce qui séduit rapidement ; quelque chose de poétique tout en étant bien ancré dans le réel, d'inventif tout en restant au niveau d'un quotidien assez médiocre, de très humain alors que l'histoire se passe dans une vague banlieue moche d'une petite ville du Connecticut. Une écriture puissante et belle qui enivre le lecteur.
Ensuite il y a le lien qui se crée entre un jeune homme d'origine vietnamienne, Hai, qui a fait croire à sa mère qu'il partait faire des études de médecine à Boston - ce qui est faux - et une très vieille dame qui perd la tête, Grazina ; et ça, c'est vraiment très beau ! Quand elle déraille et que son esprit retourne à des années de guerre dans son pays d'origine, la Lituanie, Hai "joue" avec elle à la bataille contre les nazis et les russes. L'affection que se portent ces deux personnages échappe à la différence d'âge et à l'origine ; elle passe aussi par des médicaments, la vieille dame en ayant un besoin vital, le jeune homme en abusant un peu trop...
Et puis il y a le quotidien de notre jeune "héros" qui a dû trouver un travail alimentaire ; employé dans un fast-food un peu minable, il fait des rencontres pour le moins étonnantes, surtout parmi le personnel : il y a la complotiste qui pense que le monde est dirigé par des reptiliens qui habitent au centre de la Terre, la cheffe une femme très imposante et catcheuse à ses heures perdues, un chef cuisinier noir qui dit qu'il n'a pour lui que son barbecue, un russe... des personnages hauts en couleur, qui s'entraident, des gens qui prêtent attention aux autres et sont capables d'être des remparts quand il le faut.
Au milieu de ce quotidien, raconté de façon à montrer que ces gens-là survivent plus qu'ils n'existent vraiment, il y a aussi l'affection profonde de deux cousins, Hai et Sony, le fils de la soeur de sa mère. Là aussi, une très belle relation, racontée avec émotion et retenue, des personnages qui ont de l'épaisseur, de la chaire, qui se retrouvent dans l'évocation de leur famille exilée depuis des années du Vietnam.
Quelle foi faut-il avoir en l'être humain pour écrire un texte comme celui-ci !
Extrait p 363 : " Hai fixa intensément le bois de l'autre côté de la route gelée, les espaces sombres entre les bouleaux semblaient coloriés au feutre noir. Touche-moi. Vas-y. Prends mon bras. Sony le serra prudemment. Serre plus fort. Tu vois ? La seule chose qui soit réelle, c'est moi assis à côté de toi à cet arrêt de bus. C'est tout. Tout le reste, ce que fais, ce que j'ai fait avant, mes objectifs et mes promesses, tout ça, c'est genre des fantômes. La plupart des gens ont leur fantôme en eux, il attend leur mort pour sortir. Mais moi, mon fantôme est en morceaux."
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