Les 2 bouquineuses ont aimé

14 mai 2018

"Une minute de silence" de Siegfried Lenz * * * * (Ed. Pavillons Poche, Robert Laffont ; première parution 2008)

41w6LWuT5MLCe livre, l'un des derniers de Siegfried Lenz, l'auteur du magnifique "La leçon d'allemand" (chronique du 21 janvier 2018)  nous permet de retrouver la superbe écriture tout en délicatesse de son auteur et son humanité tendre pour son personnage principal.

Le roman, assez bref (128 pages), nous présente un tout jeune homme de dix-huit ans qui assiste à une cérémonie commémorative en souvenir d'une jeune femme, professeure d'anglais dans son lycée, décédée en mer ; l'action se passe dans le petit port de Hirtshafen, au bord de la mer baltique.
Dès le début Christian, le narrateur, parle à Stella en la tutoyant et en évoquant une grande intimité entre eux ; sa gaieté, sa beauté, son charme et sa joie de vivre séduisaient ceux qu'elle côtoyait ; pour lui, son élève, c'était un premier amour inoubliable. 

Le récit est habilement construit entre l'actuel, le passé et les rêves d'avenir du garçon ; mais peut-il y avoir un avenir à cette relation hors normes ?

Il y a une île aux oiseaux fréquentée par un vieil ornithologue, des poissons plats dans le sable mouillé, une fête de plage, des parents plutôt compréhensifs, de gros rochers déposés en brise-lames, des photos et des lettres, toutes sortes de petits faits qui font le quotidien et que l'auteur nous révèle petit à petit, permettant au lecteur de s'approprier l'histoire.
Et ce qui est particulièrement bien rendu et subtilement suggéré, c'est le regard que porte Christian sur la femme qu'est Stella ; elle a vécu avant leur rencontre, il ne sait pas grand-chose d'elle finalement, mais a l'espoir de pouvoir transformer cette liaison secrète en vie à deux.

Extrait p 125 : " J'ai compris que je ne pouvais pas livrer cette découverte au lycée, parce que cela risquait de faire disparaître quelque chose qui était tout pour moi - peut-être faut-il que ce qui nous rend heureux repose et soit préservé en silence."

Une belle histoire, inachevée donc, tout en retenue et en finesse ; un tour de force littéraire qui dénote une grande maîtrise.

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12 mai 2018

"Le vol immobile" de Jaan Kross * * * * (Ed. Noir sur Blanc ; 2006)

51NxVCq_7gLTrouvé à la librairie du Musée d'Orsay après avoir vu l'exposition "Ames sauvages, le symbolisme dans les pays baltes", ce très beau livre au titre tout à fait évocateur de la vie de son "héros", nous fait (re)connaître un écrivain estonien, Jaan Kross ; né en 1920 à Tallinn et mort à 87 ans après une vie d'abord de juriste et d'enseignant, puis d'écrivain et 9 ans de prison et de goulag, pas assez connu en France, il fut poète, essayiste, auteur de romans et de récits historiques et nominé plusieurs fois pour le prix Nobel de littérature.

Le narrateur, Jaak Sirkel, raconte l'histoire de Ullo (Ulrich) Paerand, son ami de plus de soixante ans, qu'il rencontra au célèbre lycée Wikman de Tallinn ; Ullo avait déjà dix-sept ou dix-huit ans, son biographe n'en avait alors que douze ou treize. "Manches trop courtes, coudes usés, veste étriquée, pantalon fatigué. Aucun de ses vêtements, néanmoins, n'était véritablement déchiré ou usé jusqu'à la corde". (p 8) Une amitié solide s'établit entre eux malgré la différence d'âge et c'est naturellement que beaucoup plus tard, Jaak devenu écrivain interroge Ullo sur sa vie pour éventuellement en tirer un récit, en faire une "oeuvre littéraire".

L'histoire d'Ullo se présente dans un ordre chronologique et la façon de raconter cette vie, de choisir donc ce qui vaut la peine d'être cité et retenu, fait penser à la manière des écrivains allemands de l'est : présentation très humaine du personnage, aspect détaillé de faits petits mais remarquables et révélateurs de celui dont on parle, profondeur de la véritable enquête de personnalité. Ullo est quelqu'un de très intéressant aux yeux de son ami biographe et celui-ci va traquer des faits et gestes significatifs pour cerner au mieux cet ami assez énigmatique   ,,,,,

Au départ, une famille de trois personnes, père, mère et fils, ainsi que quelques servantes du temps de leur richesse ; mais les affaires du père sont souvent frauduleuses et de plus il a une maîtresse. Le mari et père parti, Ullo et sa mère sont laissés seuls alors dans une certaine misère ; mais la mère prend un travail et Ullo avec de petits boulots va les aider tous deux à vivre à peu près correctement.
Plus tard, du fait qu'il parle plusieurs langues et de sa formation de juriste, après avoir aidé sa mère à monter une blanchisserie, Ullo devient, grâce à quelques relations, assistant du premier ministre, puis conseiller du gouvernement et vivra de très près l'Histoire : passage progressif de l'Estonie libre de l'entre-deux guerres à l'entrée des russes en 1940, puis annexion du pays par l'URSS, occupation par les allemands nazis, et enfin soixante ans d'occupation russe / soviétique  à nouveau. Pour les russes, l'Estonie a toujours fait partie de leur territoire, même si elle fut indépendante une vingtaine d'années ; leur pression peut se faire assez douce, mais ils arrivent à leur fin : après que le gouvernement ait été remplacé en 1940 par un cabinet "pro Moscou", le plus nordique des pays baltes est envahi en 1940 suite au Pacte Germano-Soviétique. Un peu de résistance "à la française" s'organisera (en 1943 - 44) mais la main de fer russe puis la conférence de Yalta vinrent à bout des efforts d'Ullo et de ses camarades de la "Troisième Voie" (Une Estonie ni russe ni allemande mais indépendante). En 1945 une discussion absolument incroyable entre un Roosevelt presque mourant et Staline scelle le sort de ce pays balte pour des dizaines d'années...

Ce qui était particulier chez l'ami de Jaak, c'est son intelligence et aussi sa mémoire ; on dirait maintenant qu' Ullo était surdoué et comme il travaillait beaucoup, l'ensemble avait une efficacité extraordinaire ; grand joueur d'échecs, polyglotte, poète doué, lecteur insatiable... c'était un homme remarquable.
L'auteur du livre ne veut pas juger sa vie, il se contente de consigner des faits sans approuver ni blâmer, essayant toujours de lui faire préciser des points obscurs sur lesquels il s'interroge pour être le plus objectif possible.

Il y a donc beaucoup de choses dans ce livre : la vie d'un estonien au XXème siècle confronté à des moments-clés de l'Histoire de son pays dans un premier temps ; puis le devenir de cet homme dans un pays occupé qu'il a choisi de ne pas quitter...
(p 404) : " Ullo me coupa, d'une voix tout à fait normale : Oui, c'est cela même. L'immersion dans le prolétariat en tant que technique de camouflage. Tu sais, quand nous avons décidé avec Maret, alors que nous étions en route pour la côte, de faire demi-tour et de rentrer à Tallinn, elle m'a demandé : Est-ce que tu pourras ? Et je lui ai répondu : Avec un peu de chance..." Eh bien, j'ai eu de la chance. Après coup, j'ai compris que j'aurais du lui demander : Ullo, que veux-tu dire par là ? Qu'ils t'ont embêté, mais que tu t'en es sorti ? Ou qu'ils t'ont laissé totalement tranquille ?! Malheureusement, je ne le lui ai pas demandé, ni ce jour-là ni plus tard."

Ullo qui était poète et qui écrivit ces mots :

Moi aussi je vis / un drapeau étranger / comme un coup de cravache / depuis la plus haute tour de la forteresse / il me frappa au visage

Et je passais / devant / m'installant peu à peu dans une fuyante indifférence / devant / pendant un millier de jours / alors que mon devoir...  (p 410)

Un livre superbe, émouvant et très intéressant, à ne pas manquer !

 

 

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05 mai 2018

"L'accordeur de silences" de Mia Couto * * * * (Ed. Métailié ; 2013)

41oRFlPzxlLVoilà un livre étonnant, au style très original, écrit par un mozambicain qui a reçu en 2013, et pour l'ensemble de son oeuvre, le prix Camoes, le prix littéraire le plus important pour un écrivain lusophone.

C'est un jeune garçon, Mwanito, qui raconte : son père Silvestre Vitalicio lui a fait croire ainsi qu'à son grand frère Ntunzi qu'ils étaient avec leur oncle Aproximado et Zacaria leur domestique, sans oublier l'ânesse Jezibela, les derniers êtres vivants sur Terre. Ils sont partis un jour dans une vieille guimbarde vivre à "Jesusalem", laissant de "l'Autre-Côté" le monde, la guerre et les femmes et se sont installés dans une concession de chasse déserte, au coeur d'une brousse hostile vidée de tout. Dans ce campement sommaire, Silvestre a installé un gigantesque crucifix parce qu'un jour "Dieu viendra nous demander pardon".

Que s'est-il passé dans la vie de cet homme, avant la naissance de Mwanito ou quand il était trop petit pour s'en souvenir, pour qu'il fuit ainsi avec ses enfants, les privant de passé et d'avenir, d'une vie normale et de leurs noms, écartant livres, écoles, amitiés de leur existence, devenant pour un temps leur unique référence ?

La mère, Dordalma, est décédée, on ne sait pas de quoi - mais on le saura - quand Mwanito avait trois ans ; celui-ci est jaloux de son frère qui lui a des souvenirs. Le père, en voie vers la folie, semble préférer Mwanito à Ntunzi, pourquoi ?

" Je suis né pour me taire. Le silence est mon unique vocation. c'est mon père qui m'a expliqué : j'ai un don pour ne pas parler, un talent pour épurer les silences. J'écris bien, silences, au pluriel. Oui, car il n'est pas de silence unique. Et chaque silence est une musique à l'état de gestation. Lorsqu'on me voyait, immobile et reclus, dans mon invisible recoin, je n'étais pas prostré. J'étais comblé, l'âme et le corps habités : je nouais les fils délicats dont on tisse la quiétude. J'étais un accordeur de silences." (p 15)

Naïf, tendre et aimant, Mwanito est le seul à apporter un peu de joie et de sagesse au milieu de la "saudade" omniprésente.

Chaque chapitre commence par un poème (plusieurs sont de Sophia de Mello Breyner Andresen) souvent magnifique et l'enfance du jeune garçon se déroule : il apprend à lire en cachette grâce à Ntunzi et écrit son journal sur un jeu de cartes ; quelques années sont traversées, sous le joug d'un père autoritaire de plus en plus paranoïaque, jusqu'à l'arrivée d'une femme, blanche, originaire du Portugal, dont l'histoire va croiser celle des cinq garçons et hommes de Jesusalem...

Dès le début, la poésie, le ton souvent ironique avec des tournures étonnantes qui font sourire, le style imagé "ses pas étaient ceux d'un baobab arrachant ses propres racines" font ressentir la présence d'un écrivain inspiré et d'une belle littérature ; c'est un conte sur la vie et la mort, la réalité et le rêve, la sortie de l'enfance, la fuite en avant et le sentiment de culpabilité... et le silence.
Un beau livre, au charme fou et étrange, qui reste en mémoire.

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21 avril 2018

"Le bureau des jardins et des étangs" de Didier Decoin * * * * (Ed. Le Livre de Poche ; première publication 2017)

51QIOfnpYrLOh le très beau livre, sensuel et poétique, avec lequel on passe un superbe moment ! Les odeurs surtout, mais aussi les goûts, les couleurs et les textures sont détaillées de façon à nous plonger dans un univers de ressentis très original...

L'histoire, qui se passe dans l'Empire du Japon au XIIème siècle, est celle d'une jeune femme nommée Amakusa Miyuki ; son mari, pêcheur de carpes dans la rivière Kusagawa meurt noyé, or Katsuro était toute la vie de Miyuki. Cette petite paysanne de vingt-sept ans décide de terminer le travail de son époux chéri : elle portera, comme son mari le faisait, les poissons dans des nacelles remplies d'eau et garnies d'un fond d'argile, suspendues aux bouts d'une perche placée horizontalement en travers des  épaules.
Son mari, après avoir pêché les carpes, les avoir acclimatées, nourries, caressées, apprivoisées dans son bassin, les emportait à pied jusqu'à la ville impériale, Heiankyo, où il les remettait au directeur de Bureau des Jardins et des Etangs, Nagusa Watanabe ; elles étaient ensuite placées dans les étangs sacrés dédiés à l'Empereur et aux Dieux.

La route de Miyuki est longue et semée d'embuches ; sa grande marche à travers montagnes, forêts et villages pour porter ses carpes fera connaître quelques aventures à cette femme non instruite mais si intelligente et délicate de sentiments ; elle ne peut se douter de ce qui l'attend dans cette grande ville qu'elle n'a jamais vue mais dont son défunt mari lui a souvent parlé.
Quand Miyuki arrive à Heiankyo, le jeune empereur a décidé de participer au concours de senteurs qui a lieu tous les ans ; il demande à Nagusa d'élaborer un parfum "restituant les effluves d'une demoiselle qui, surgie du brouillard noyant un jardin, franchit un pont en dos d'âne pour rejoindre un autre jardin tout aussi noyé de brume que le premier". Or Nagusa a remarqué la drôle d'odeur qui se dégage de Miyuki...

Tout est dépaysant dans ce récit, bien que les sentiments humains ne changent guère : le temps qui s'exprimait en heure du coq, du rat ou du cheval, les vêtements des femmes qui portaient couramment plusieurs robes superposées, la "Tradition" si respectée au Japon de cette époque, la notion de pureté et d'impureté qui régissait une bonne partie de la vie sociale et mille autres choses du quotidien médiéval japonais.

Extrait (p 212) : " ... cette ville était la plus belle chose que Miyuki ait jamais contemplée, exception faite, bien sûr, du corps de Katsuro les nuits où, après s'être occupé de ses poissons, il s'extrayait, nu, ruisselant, du bassin des carpes, et s'ébrouait, heureux, en lançant vers la lune une large pluie de gouttelettes comme s'il ensemençait le ciel, après quoi, toujours nu, le sexe luisant d'eau et de mucus, il enlaçait sa femme, la serrait à la faire crier, et l'aimait debout...".

Un texte puissant, un conte sensuel, magnifique, et une très belle histoire d'amour ; le(a) lecteur(rice) est comblé(e) !

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17 avril 2018

"La vie intérieure" de Christophe André * * * * (Ed. Iconoclaste / France Culture ; 2017)

51ynHU7O3dLPar petits chapitres, qui sont autant de touches sur la palette de notre âme, nous abordons avec l'auteur ce qui constitue notre vie intérieure. Avec sa gentillesse, son attention délicate, l'amitié qu'il nous porte, mais aussi une certaine fermeté, Christophe André nous guide dans les dédales souvent confus de ce qui se passe à l'intérieur de nous.

Les chapitres, une quarantaine, portent les noms de ce qui nous exalte, nous tourmente ou nous ennuie : la lecture, les regrets, la fragilité par exemple. Ils s'ouvrent toujours par une citation, un poème ou un texte court ; le thème "Musique" commence par un très joli passage de "Tous les matins du monde" de Pascal Quignard, dans lequel Mr de Sainte Colombe explique que la musique n'est pas tout à fait humaine puisqu'elle est là pour parler de ce dont la parole ne peut parler.

Dans le chapitre "L'acceptation", paragraphes "Un nécessaire temps d'arrêt" puis "chercher sa voix intérieure" (p 104 & 105) : " De nombreuses recherches montrent que le moment où l'on accepte, où l'on dit oui intérieurement, abaisse significativement notre niveau de stress psychologique, mais aussi biologique et accroît notre discernement." ; "Tous les " accepte, ce n'est pas si grave" que vous diront les autres n'auront jamais la même puissance que si cela vient de vous, vraiment" ; "Puis voir que faire, une fois ce petit détour intérieur effectué : car l'acceptation est une forme supérieure de lâcher-prise, qui s'accompagne de discernement et ouvre la porte à l'engagement, à l'action féconde et adaptée au réel, au-delà de nos réflexes et habitudes. L'acceptation est un acte libérateur."

Citons encore - mais il faudrait quasiment tout mentionner ! - les quelques pages consacrées aux "Visages du Bonheur", introduites par un fort joli petit texte de Jean Giono qui montre que le bonheur est sans doute l'émotion la plus délicate à mettre en mots et à transmettre : ... " la moitié de notre travail sur la vie intérieure devrait consister à reconnaître l'extrême variété de nos émotions agréables, à les susciter, les savourer. A les nommer !"

Camus n'a-t'il pas dit : " Mal nommer un objet, c'est ajouter au malheur de ce monde."

Un livre qui fait réfléchir, qui fait du bien et qui donne envie de relire un certain nombre de textes tant il est truffé de références littéraires. Encore une fois merci Mr André et au prochain.

 

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15 avril 2018

"La captive aux yeux clairs" de A. B. Guthrie * * * * (Ed. Babel ; première publication et première traduction 1947)

51MzvPvKHQLPremier des trois tomes de "The Big Sky" (le deuxième tome, "La Route de l'Ouest" a reçu le prix Pulitzer en 1950), "La captive aux yeux clairs" est un western captivant qui se déroule dans le Missouri, les Grandes Plaines, et jusqu'aux Rocheuses.
Elles étaient nombreuses les tribus indiennes qui vivaient là, avant que les maladies les déciment, que les Blancs les tuent, et qu'elles soient parqués ; et à leur rencontre sont venus d'abord des trappeurs, des aventuriers, et assez vite les "commerçants".

Un très jeune homme (17 ans) fuit... Il fuit son père qui le bat, la ferme où il est né, le petit bourg où il a toujours vécu et où il a tué un homme au cours d'une rixe. Nous sommes en 1830 et Boone Caudill va faire du chemin : il fait la connaissance de Jim Deakins qui sera son grand ami de trappe, tous deux rejoignent Saint Louis et se retrouvent avec un groupe d'hommes partant en bateau le Mandan vers le Nord du Missouri, qui a la réputation d'être d'une beauté sauvage sans pareille, mais aussi "infesté d'Indiens". Les hommes du Mandan partent faire du commerce avec les Blackfeet surtout, échanger alcool, armes à feu et munitions contre des peaux.

Alors qui est "la captive aux yeux clairs" ? Une toute jeune squaw, une petite fille surnommée Teal Eye, cachée sur ce bateau, et qui se révelera être la fille d'un chef indien blackfoot ; une fille que Boone n'oubliera pas : un visage fin, mat, et d'immenses yeux "couleur sarcelle à ailes bleues", un jour, il la retrouvera...

Tandis que le bateau remonte le Missouri et la Platte River vers le pays des Blackfeet, Boone apprend à tirer les bisons avec toujours le risque, lorsqu'il descend à terre avec Dick Summers, le chasseur chevronné du bateau, de devoir faire face à des "Peaux Rouges" dont il est difficile de savoir comment ils seront lunés... Il apprend également à piéger les castors et malgré sa rusticité, c'est un homme sensible qui fait bien ce qu'il a à faire mais respecte la vie animale et admire la beauté de la Nature.

Il y a des scalps, plein de moustiques, des mocassins aux pieds, une très belle histoire d'amour, des chevauchées, des batailles, des vols de chevaux, des amitiés viriles et des désirs de solitude...

Ce premier tome se termine en 1843 et c'est une bonne partie de la vie d'un homme qui a été tracée ; d'une façon générale, les trappeurs sont des personnages très particuliers, toujours aux aguets ; beaucoup d'entre eux pensaient qu'un "bon indien est un indien mort"... Boone, lui, tout en restant un homme simple, deviendra quasiment indien, cheveux longs nattés compris...

Porté par un souffle littéraire magnifique qui s'appuie sur les grands espaces et des vies éprises de liberté, ce récit célèbre la beauté des paysages et dénonce l'envahissement prochain de ces régions par tous ceux qui sont avides de conquérir et d'occuper toujours plus de terres : " Si vous vivez assez longtemps, vous découvrirez que vous avez tort. Vous ne le voyez donc pas ? Nous nous développons. Cette nation grandit. De nouvelles occasions vont se présenter, sans commune mesure avec tout ce qui a pu exister dans le commerce des fourrures. Le transport, le commerce, l'agriculture, l'exploitation forestière, la pêche, la terre ! Je ne peux même pas tout imaginer."

Extrait (p 366) : " Des groupes de peupliers poussaient sur ses rives, ainsi que des buissons de cerisiers de Virginie et d'amélanchiers, de rosiers sauvages et de saules rouges que les Indiens mélangeaient au tabac. Aucun endroit ne pouvait être aussi beau que cette vallée, avec ses deux plateaux solitaires qui se dressaient au sud, les collines brunes aux larges crêtes sur les côtés, les peupliers, les bouleaux noirs et l'armoise, les élans et les cerfs, les bisons qui descendaient des hauteurs pour boire. C'était un endroit où un homme pouvait passer toute sa vie sans jamais souhaiter autre chose."

 

 

 

 

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04 avril 2018

"Nous avant tout le reste" de Victoria Redel * * * (Ed. Flammarion ; 2018)

514Q-LVS7sLMerci à Babelio et aux éditions Flammarion

C'est le premier livre de Victoria Redel, écrivaine New Yorkaise, à être traduit en français.

Anna est malade, très malade, alors ses bonnes "vieilles amies" sont venues la soutenir, comme à chaque étape de sa vie, à chaque étape de leur vie elles ont toujours été ensemble pour le meilleur mais aussi pour le pire, elles ont toujours été là les unes pour les autres et ce, pendant plusieurs décennies. Des amitiés exceptionnelles, sans doute parce que Anna était exceptionnelle dans ses relations avec les autres, elle avait une capacité hors du commun à se lier d'affection avec les femmes qu'elle rencontrait.

Il y a eu Helen d'abord quand elles étaient très petites, puis Ming, Caroline et Molly, le groupe était constitué dès la fin de la première année de collège. Elles en ont vu et vécu des choses au cours de leurs vies, des plus heureuses, les rires et les chants,  les sorties étudiantes, les bêtises de jeunesse, les amours, mariages et naissances de 12 enfants à elles cinq, aux plus douloureuses, mésentente, folie...
Il y a aussi autour d'Anna ses amies de "la Vallée" où elle habite depuis vingt ans, en général avec son mari Reuben, mais s'ils se sont finalement séparés, l'ex-mari est souvent là, gérant ce qui se passe dans cette grande maison qui les a si souvent vus tous réunis.
Elles ont de belles situations les femmes du club des "vieilles amies" : avocate, professeure, artiste peintre, elles ont des hommes - ou des femmes - qu'elles aiment, des enfants, toute une vie bien sûr ; mais dès qu'un problème émerge, leur amitié est toujours prioritaire.

Extrait p 202 : " Franchement, qu'est-ce qu'il y avait de si génial dans le fait d'être parent ? Pourquoi des personnes sensées acceptaient-elles en toute connaissance de cause de se taper toutes ces angoisses et ces doutes ? Et qui se serait lancé dans une telle galère en sachant d'avance que l'adorable bébé, ce miracle d'enfant qui se mettait à quatre pattes, marchait, faisait des câlins, courait, peignait avec les doigts, lisait riait et faisait le clown, cet enfant qui n'avait que " maman je t'aime tellement " à la bouche, finirait par vous briser le coeur d'un regard maussade, l'air de dire " j'ai pas le temps pour ces conneries" ?

Il y a un petit côté triste dans cette histoire mais la vie n'est pas toujours drôle non plus ; et ce fut le choix de l'auteure de placer ses personnages dans un récit, sans pathos, mais où la maladie est fortement présente.
Le style et la forme sont parfaits pour cette "chronique d'une mort annoncée" : écriture vive et petits paragraphes pour les moments mémorisés qui affleurent en désordre, et humour souvent.

Une belle histoire d'amitiés et une réflexion sur la fin d'une vie qui fut belle et plutôt heureuse.

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29 mars 2018

"Rêves arctiques" de Barry Lopez * * * * * (Ed. Gallmeister ; première publication 1986)

41Pb6jC6ITLNational Book Award 1986

C'est une immersion totale et magnifique dans la région arctique, ses animaux, ses hommes, ses conditions climatiques ; ensemble d'histoires, de réflexions, de ressentis, le tout raconté par un homme intelligent, sensible et fou amoureux de la Nature.

Tout commence par une description étonnement prenante des boeufs musqués, de leurs comportements et de leurs arrangements sociaux ; chaque chapitre correspond à un lieu et à un animal ; mais l'auteur ne se contente pas de décrire l'animal et son comportement ; il y a aussi le comportement de l'Homme (souvent Esquimau) en sa présence et la part qu'il prend dans les légendes.
La partie sur l'ours polaire est remarquable : la beauté de cet animal perspicace et habile, mais aussi la féroce bêtise de certains hommes, évidemment, et ce, depuis longtemps. Des problèmes dus au développement industriel gènent la répartition des phoques et donc de leurs prédateurs, les ours blancs.
L'auteur se questionne - nous questionne - également par rapport à l'activité scientifique de recherche : il est gêné de ce qu' on peut s'autoriser au nom de la Science : poursuite, capture, marquage, suivi, comme une intolérable immiscion dans l'intimité des animaux.

Dans le chapitre sur les migrations, Barry Lopez après avoir parlé des oiseaux, des baleines et des caribous, en vient naturellement aux migrations humaines et en particulier au peuplement de l'Amérique du Nord depuis au moins 14 000 ans ; des cartes, des données archéologiques et ethnographiques viennent en appui de ses explications suivantes et passionnantes sur les différentes cultures esquimaudes. Par exemple, parmi de nombreuses tribus, il y avait celle des Sadlermiuts de l'île Southampton au nord de la Baie d'Hudson ; ils sont tous mort d'une épidémie apportée par un baleinier écossais. " Les Saldermiuts offraient une façon de comprendre l'île Southampton. Quand on réflechit à la dureté du pays et que l'on voit avec quel succès ils s'y étaient adaptés, on est forcé de conclure qu'avec leur disparition nous avons perdu une partie de la philosophie de la vie. Nous ne pouvons plus prendre un de leurs objets, demander "Pourquoi avez-vous fait ceci ?", ni "à quoi est-ce que ça sert ?" et espérer recueillir une réponse... une réponse qui ouvrirait les profondeurs intemporelles de l'esprit humain, qui effacerait des siècles de distance et transcenderait l'objet quotidien."

Ce sont des impressions éprouvées et des réflexions faites sur place que nous livre l'auteur : dans une langue parfaite pour exprimer les sons, les couleurs, la beauté des mouvements, les ressentis humains et décrire les paysages magnifiques ou monotones.
Extrait p 182 : " Pourtant, pendant quelques jours, à la périphérie des troupeaux d'oies, je n'eus pas l'impression d'être un intrus. Je ressentais le calme que les oiseaux apportent aux hommes ; apaisé, je percevais ici les contours des plus anciens mystères de la nature : l'étendue de l'espace, la lumière qui tombe des cieux, le passé coulant dans le présent comme une eau et s'y accumulant."

 De la terreur ressenti par les marins des baleiniers quand les blocs se resserraient sur leur bateau en chêne au XIXème siècle au moment de la prise des glaces, à la difficulté qu'a le peintre à représenter l'air de l'Arctique, de la magnificence des aurores boréales au perlerorneq (dépression) des esquimaux pendant le trop long hiver, des motivations des explorateurs de l'Arctique à l'idée que la langue hopi (une des nombreuses langues amérindiennes) "ne fait pas référence au temps comme entité distincte de l'espace", Barry Lopez nous parle de ses multiples expériences et nous entraîne avec lui dans une région riche, souvent bouleversante mais très dure pour les Hommes.

Ce n'est absolument pas un livre triste se désolant sur la disparition de telle espèce ou de tel peuple ; au contraire, s'il nous informe et nous prévient de ce qui pourrait bien arriver, il nous rappelle de façon enthousiasmante à quel point la Terre et la Vie sur la Terre sont belles...

Science, Poésie, Humanité sont les trois mots clés de ce livre absolument superbe !

"La nature est comme la poésie : sa cohérence est inexplicable, sa signification transcendante, et elle a le pouvoir d'exalter la valeur de la vie humaine." (p 305)

 

 

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18 mars 2018

"La source" de Anne-Marie Garat * * * * * (Ed. Babel ; première parution 2015)

41YiosK0CiLIl y a des écrivain(e)s qui ont de belles histoires à raconter, intéressantes et enthousiasmantes ; le style par contre n'est pas toujours là... Et il y a des écrivain(e)s qui écrivent très bien, mais qui n'ont pas vraiment grand-chose à dire ; alors on s'ennuie un peu et le livre nous tombe des mains...
Anne-Marie Garat, formidable auteure peut-être pas assez connue, possède à la fois une écriture magnifique et des choses passionnantes à raconter ! Dans ce livre-ci, elle nous raconte l'histoire de Lottie : au début, une petite fille de douze ans maligne comme tout et qui n'avait pas ses yeux dans sa poche ; elle a vu un jour passer devant la barrière de sa ferme une "créature à deux têtes" - il faut dire que Lottie est souvent en train de "béer" - un inconnu portant un bébé sur son dos se rendant sans hésiter au domaine des Ardenne. La grande demeure étant vide, les Ardenne et le personnel absents, le voyageur dépose l'enfant, un portefeuille et une timbale d'argent aux initiales FA, et repart emportant un objet.
C'est Lottie qui sera la nounou du bébé grâce à son doigt magique sucé avec ardeur, une petite fille nommée Anaïs, qui d'après Madame Ardenne serait l'enfant de son fils François, parti depuis plusieurs années au Canada ; Lottie a subtilisé une enveloppe contenue dans le portefeuille de l'homme qui a apporté le nourrisson, mais il y reste un papier déclarant la naissance d'une petite Onayepa Anaïs, le 31 janvier 1904 d'une mère "native" décédée et de François "Arden", ainsi qu'une photo montrant un homme habillé en trappeur et son nouveau-né emmailloté, sur le seuil d'une cabane pleine de neige, exactement comme celle de la boule de verre que Lottie avait remarquée parmi les bibelots de la maison.

Insensiblement, au fil des pages, le récit change : c'est Lottie qui raconte et on comprend qu'elle parle à quelqu'un, une amie sans doute, elle-même en train de raconter l'histoire à son conjoint, Abel ; et donc, le lecteur suit en parallèle de celle de Lottie, l'histoire de cette jeune narratrice partie habiter Vancouver, dont la vie va se retrouver étrangement liée à celle de Lottie Carmeaux. Cette jeune femme est venue - ou plutôt revenue - dans le petit village de Mauduit (Franche-Comté) où elle a passé quelques temps enfant ; elle est professeur de géographie humaine à l'université et vient préparer une enquête de terrain à confier à ses étudiants. Elle loge chez une Lottie alors très âgée, qui devant le dîner puis le feu du soir, déroule sa vie, celle d'Anaïs et des Ardenne, tout en prévenant que souvent elle invente et qu'il ne faut pas la croire sur parole.
Mr Fernand Ardenne était un ancien militaire qui vivait dans un asile d'aliénés, et dans la grande maison il y avait à l'époque Mme Vitalie Ardenne qui dirigeait la propriété, deux tantes anciennes religieuses et infirmières venues vivre là, Delphine la principale bonne et le reste du personnel dont Lottie ; et au centre, la petite Anaïs, qui séduit tout un chacun par son charme et sa beauté extraordinaire.
Extrait p 148 : " Il fallait nicher au sein de cette famille et bien observer, comme je le faisais de tout dans cette maison, pour entrevoir que Vitalie ne les (les tantes) tolérait pas par bonté d'âme, que sa mansuétude à leur égard, et la leur envers elle, habillait un commerce sans merci, et sans même connaître à cette époque quel secret les liguait toutes trois, je sentais palpables entre elles les ondes d'un monde parallèle, duquel Anaïs était le centre. Et moi j'avais décidé par gravitation et révolutions successives de m'approprier cette enfant, quitte à la leur voler."

Un médecin est arrivé dans le bourg de Mauduit, le docteur Maître-Grand, dont les enfants (trois garçons et une fille) jouent souvent avec Anaïs ; les enfants grandissent, Anaïs aussi, et peuvent tomber amoureux... et certains révéler alors leur vraie nature.

Mais la spectatrice qu'est Lottie se pose bien des questions : Anaïs est-elle bien la fille de François Ardenne ? Pourquoi François a-t'il fuit si jeune et n'est-il jamais revenu dans sa famille ? Quel secret lie Vitalie à ses tantes ?
Et sa jeune amie, la professeure d'université, s'en pose beaucoup également, en particulier Lottie fut-elle vraiment capable de commettre un meurtre pour garder Anaïs ?
Jouant sur des époques différentes, Anne-Marie Garat fait progresser son récit par les questions que se posent les protagonistes ; un nom revient brusquement à la mémoire de la géographe, Luçon ; une petite ville de Vendée, un cimetierre, elle joue sur une tombe avec des perles. Pourquoi devient-il soudain urgent de s'y rendre, de retrouver ce lambeau de mémoire perdu ? Pour trouver quoi ?

Elle rencontre par hasard à Vancouver où elle est enfin nommée, Abel Maître-Grand, le petit-fils du bon docteur du Mauduit (!) et le fils de Jacques, pionnier de l'éthnologie amérindienne... Jacques, l'amoureux d'Anaïs pendant une période, celui qu'elle a fait tomber volontairement d'un cerisier et qui blessé à vie, n'est pas parti mourrir à la guerre de 39-45 comme ses frères...

 Extrait p 112 : " ... il fallait plisser les yeux pour percevoir quelque détail disséminé dans la profusion du visible et je repensai à la paire de jumelles empruntée à Fernand par Lottie qui lui avait permis, disait-elle, de comprendre qu'on ne voit rien par soi-même si bons soient nos yeux, qu'au contraire l'acuité abuse, qu'il faut parfois l'égarer pour percer au-delà de la réalité, s'évader de soi par quelque ruse, de loupe ou de rêverie, et j'avais en effet le sentiment que le paysage dans sa splendeur cachait d'autres échelles de grandeur, cosmiques et microscopiques, condensées dans ce coin de campagne, l'intégrale présence du monde comprise dans l'accidentel aspect de ce jour."

Il y a énormément de choses dans ce livre foisonnant : nos relations avec notre propre enfance et les souvenirs que nous en gardons, l'accueil de l'autre, de l'étranger, les secrets de famille, les conséquences - encore - des guerres, le mensonge et la vérité, et de l'humour, souvent ; et surtout l'amour de la lecture :
Extrait p 184 : " Le seul aspect des pages imprimées m'évoquait la promesse d'une liqueur forte qui se déversait en moi, assoiffée d'en savourer le liquide, de m'en gargariser, c'était dans ma gorge et dans ma bouche que les mots, les pages faisaient ce bruit de rocaille, de torrent d'eau froissée qui clapote et furieuse s'évade à toute vitesse... et cela allait, allait des heures entières, étourdissantes de lecture."

 Un vocabulaire riche, original et toujours très bien adapté ainsi qu'un style magnifique ( la montée de Lottie à la recherche de la source de la Flane est remarquable) donnent au récit une tonalité très prenante ; recréant tout un monde dans lequel nous sommes attirés et finissons par pénétrer, l'auteure nous libère éberlué(e)s et ravi(e)s à la fin du récit.

Ce serait bien dommage de manquer cette lecture !

Posté par claire jeanne à 11:32 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
11 février 2018

"La tresse" de Laetitia Colombani * * * * (Ed. Grasset ; 2017)

41Li1kLETJLBon, ça ne commence pas très bien ! Smita, l'indienne de la caste des intouchables ramasse la merde des autres, les Jats, à mains nues sans avoir jamais le droit de lever les yeux ; elle, sa fille de six ans et son mari mangent les restes qu'on veut bien leur jeter ou les rats que le père de famille attrape dans les champs, c'est son travail. Smita ne veut pas de cette vie pour sa fille ; elle réussit à l'inscrire à l'école mais la petite est battue pour n'avoir pas voulu faire le ménage...
Giulia la sicilienne a une vingtaine d'années et travaille avec son père dans l'entreprise familiale ; ici, on reçoit des cheveux de toute l'île, on les traite, les colore et les envoie un peu partout pour servir de postiches ou de perruques. Mais le père a un accident et Giulia découvre que l'atelier est très déficitaire, au bord du dépôt de bilan. Cela semble impossible de le sauver, ainsi que la maison hypothéquée et l'emploi de plusieurs artisans.
Sarah est une avocate montréalaise, qui a beaucoup travaillé et beaucoup sacrifié à sa carrière ; à force de courage et d'abnégation, elle est devenue une "executive woman", associée dans un grand cabinet. Ses deux mariages n'ont pas résisté et quand elle apprend qu'elle a une "mandarine" dans un sein, pas question de se laisser abattre. Mais il y a tous ceux qu'elle a dépassé et laissé sur le côté...

Smita, Giulia et Sarah se retrouvent chacune à un moment clé de leur vie ; soit elles laissent tomber, c'est trop difficile de se battre et rien ne change ni pour elles ni dans leur société. Soit elles se battent et peut-être alors leur vie ou celle de leurs enfants s'améliorera et elles pourront être fières d'elles-mêmes.
Trois femmes, trois destins, trois parties de la tresse qui se trouvera faite au dernier chapitre ; alors on saura ce qui les relie, toutes les trois, mis à part le fait que : "elles ne savaient pas que c'était impossible, alors elles l'ont fait" (Mark Twain, un peu "arrangé"...)

Dédicacé à toutes les femmes courageuses, un livre enthousiasmant qu'on a envie d'applaudir à la fin !

Extrait (p 15) : " Smita s'éveille avec un sentiment étrange, une urgence douce, un papillon inédit dans le ventre. Aujourd'hui est une journée dont elle se souviendra toute sa vie. Aujourd'hui, sa fille va entrer à l'école. A l'école, Smita n'y a jamais mis les pieds. Ici à Badlapur, les gens comme elle n'y vont pas. Smita est une Dalit. Intouchable. De ceux que Gandhi appelait les enfants de Dieu. Hors caste, hors système, hors tout. Une espèce à part, jugée trop impure pour se mêler aux autres, un rebut indigne qu'on prend soin d'écarter, comme on sépare le bon grain de l'ivraie. Comme Smita, ils sont des millions à vivre en dehors des villages, de la société, à la périphérie de l'humanité."

Posté par claire jeanne à 17:23 - - Commentaires [2] - Permalien [#]