Les 2 bouquineuses ont aimé

17 août 2016

"Rue Darwin" de Boualem Sansal * * * * * (Ed. folio ; 2013)

rue_DarwinPrix du Roman Arabe 2012

La rue Darwin est une rue d'Alger, du quartier populaire Belcourt ; c'est là que s'est déroulée une grande partie de l'enfance du narrateur, Yazid.
Le livre s'ouvre sur une scène d'hôpital : à la Pitié-Salpêtrière la mère de Yazid, enfin, celle qu'il appelle maman, est en train de mourir ; ses frères et ses soeurs venus des divers pays où ils se sont installés, USA, Canada, France, et lui Yazid qui vivait avec elle en Algérie, l'entourent une dernière fois. Un seul enfant manque : Hédi, le petit dernier venu sur le tard, qui fait le djihad en Afganistan. Et c'est cette femme mourante, qui dit à son fils aîné : "Va, retourne à la rue Darwin".
Avec des aller-retour entre présent et passé, B. Sansal nous raconte une histoire de famille en même temps que l'Histoire de son pays des années 50 à nos jours.
L'histoire de famille n'est pas simple, elle est même plutôt extraordinaire ; qui est-il exactement, ce fils aîné, ce Yazid ? Point de repère : une grand-mère, très riche (richesse née d'un bordel qui jouxte sa grande maison), qui règne sur un véritable empire ; chez elle, sont élevés ensemble de nombreux enfants, dont Daoud, le petit garçon fragile qui ressemble étonnament à Yazid et dont celui-ci retrouvera la trace beaucoup plus tard. Et la mère, qui est vraiment la mère de Yazid ? On ne le saura qu'à la fin du récit même si on peut le deviner plus tôt.
Quant à l'histoire de l'Algérie, on la connait un peu : mais elle est présentée ici d'une façon originale, sans fard, elle questionne, elle interpelle...

Humanité, poésie, empathie et humour, mais aussi tristesse, rage, dureté sont les sentiments qui dominent ; véritable quête d'identité d'un homme et d'un pays, un récit passionnant d'une grande richesse et d'une étonnante clairvoyance. Et dans cette puissante ode à la famille au sens large, il y a aussi des pages absolument magnifiques sur Alger !

Extrait : "Dans mon souvenir, je suis dans la maison de grand-mère, dans une vaste chambre haute de plafond contigüe à la sienne, avec d'autres enfants, des garçons, des filles, sept, huit, dix, je ne suis pas sûr du nombre, ces petits ça bouge tout le temps. Ils faisaient partie de la maisonnée, on les traitait comme les enfants du sérail, tous s'en occupaient et personne. Ils ne manquaient de rien et en même temps on avait l'air de ne pas savoir qui ils étaient et ce qu'ils fabriquaient là. C'était le bon plaisir de Djéda qu'ils fussent avec nous et qu'on les traitât comme ses enfants." (p 71)

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14 août 2016

"Traîne-Savane" de Guillaume Jan * * * * (Ed. Le Livre de Poche ; 2015)

traine_savaneSous-titre : "Vingt jours avec David Livingstone"

Grand prix du roman 2015 de La Société des Gens De Lettres.

Guillaume Jan nous raconte son Afrique, plus exactement le Congo et celui de l'explorateur D. Livingstone. Un chapitre sur deux est consacré au voyage que l'auteur effectue pour un reportage, de nos jours, à la recherche d'un peuple en voie de disparition, les Pygmées.
Les autres chapitres parlent de l'écossais Livingstone qui a passé presque toute sa vie à traverser l'Afrique d'un océan (l'Atlantique) à l'autre (l'Indien), durant la seconde moitié du 19ème siècle ; à l'origine il était pasteur et médecin, vagabond de nature, missionnaire, aventurier, à la recherche d'une terre où annoncer l'Evangile, chose pour laquelle il n'est pas doué du tout. D'ailleurs il ne semble pas doué pour grand chose cet homme-là : il ne s'occupe pas de sa famille, femme et enfants sont livrés à eux-mêmes pendant que lui, marche ; ses explorations sont régulièrement des échecs, il entraîne ses hommes dans des traversées interminables et harassantes, véritable Don Quichotte de la savane.
Pourtant, à une époque où l'Africain n'est qu'un sauvage sans importance, David Livingstone s'intéresse à lui, aimerait savoir ce qu'il pense, et souhaite le voir devenir libre, maître de son destin ; il a une sainte horreur de l'esclavage et luttera contre toute sa vie.

L'auteur a trouvé l'Amour, le vrai, le grand, en la personne de Belange (Ah ! Les prénoms africains... Elvis, Zéphirin, Sévère, Féroce...). Ils quittent Kinshasa à la recherche des Pygmées, le journaliste écrivain nomade veut les rencontrer et les connaître avant que leur culture n'ait complètement disparue. Mais il faudra aussi subir un périple interminable pour trouver les petits hommes...

C'est un livre drôle, écrit avec beaucoup d'esprit, l'auteur a la formule lapidaire et la comparaison juste et amusante ; et son histoire avec Belange est si belle !
Mais c'est aussi un livre d'une terrible tristesse ; qu'est en train de devenir cet ancien Congo belge qui n'a vraiment pas eu de chance avec l'Histoire ? Léopold II, roi des Belges, inventeur de la "main coupée" ; Mobutu (!!) l'homme à la toque léopard qui a saigné à blanc son pays ; les guerres larvées, latentes, qui permettent à des multinationales de plus ou moins piller ce pays d'une richesse minière inouïe.

Heureusement, il reste l'image de Belange, belle plante congolaise digne, élancée et élégante parcourant la jungle avec son sac à main...

Extrait (p 300) : "Mais quelle importance, puisque l'imagination sera toujours plus forte que la connaissance - ça, Livingstone l'avait bien compris, au cours de ses voyages invraissemblables. Le héros de l'empire nous laisse une collection de belles images et c'est pour ces belles images que l'on continue de l'admirer. Pour ses marches à travers les terres inconnues, pour sa détermination, pour sa rencontre picaresque avec Stanley, dans le trou du cul du monde. Pour l'idée du voyage perpétuel, qui continue de nous fasciner - ne sommes-nous pas tous des nomades, plus ou moins sédentarisés ?"

 

 

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02 août 2016

"La mémoire des embruns" de Karen Viggers * * * * (Ed. Le livre de Poche ; 2016. Première parution 2011)

embrunsAttirée par le "Absolument sublime" de Gérard Collard et la sélection pour le Prix des Lecteurs du Livre de Poche, j'ai lu "La mémoire des embruns" sans trop savoir à quoi m'attendre (parce que Mr Collard est formidable mais il a l'enthousiasme parfois un peu rapide à mon goût...).
Eh bien, cette fois je le suis, n'hésitons pas à nous lancer dans cette littérature australienne, tasmanienne même ! Il y a de la belle aventure, un important secret de famille, des histoires d'amour et des paysages à couper le souffle ! Même si ce n'est pas un guide touristique et qu'il n'y a pas de photo, l'écriture de K. Viggers nous permet d'imaginer et de ressentir la beauté de l'île Bruny, au sud de la Tasmanie, dont il est question ici.
C'est l'histoire d'une vieille femme, Mary, qui souhaite retrouver l'île sur laquelle elle a longtemps vécu avec son mari Jack décédé depuis quelques années, et ses enfants ; ils étaient les gardiens du phare du cap et Mary traîne avec elle un lourd secret.
C'est aussi l'histoire d'un homme, Tom, mécanicien diéseliste qui est parti pour le "Grand Sud", l'Antarctique, pendant quinze mois le temps de gagner suffisamment d'argent pour payer le logement et assurer des fins de mois un peu moins difficile à son couple.
Il y a beaucoup de passages absolument magnifiques sur la beauté de l'Antarctique, la banquise et les animaux qui l'habitent, en particulier les manchots, mais aussi les phoques, les baleines et d'innombrables oiseaux inconnus de notre hémisphère. Tom a participé à une expédition polaire et a aidé les scientifiques à compter les oiseaux et à baguer les phoques ; il a connu "l'hivernage", les nuits sans fin, le froid intense, mais aussi les sensations d'euphorie et de liberté. Et il a comme beaucoup d'autres été victime des problèmes de couple engendrés par l'éloignement et le mode de vie tellement différent, quatre-vingt pour cent des couples n'y résistent pas.
Mary, dont la santé se dégrade rapidement, est emmenée sur son île venteuse et fraîche par sa petite fille ; elle a dans sa valise une lettre, importante, contenant sans doute le secret. Pourquoi n'arrive-t-elle pas à la détruire ? Aura-t-elle le temps de revoir tous les endroits qu'elle a tellement aimés ? Un jeune garde forestier va passer la voir régulièrement, s'assurer qu'elle va bien et éventuellement la transporter jusqu'aux lieux où elle pense se rapprocher de Jack...

Extrait : "L'Antarctique possède un charme auquel on succombe pour la vie. Peut-être est-ce l'effet du paysage ; sa sauvagerie, son désert, sa nudité. Ou peut-être est-ce à force de voir tout ce blanc. Ou l'intensité des relations qu'on y noue. Quoi qu'il en soit, ce vaste espace et cette clarté resplendissante opèrent sur vous une transformation. Vous vous découvrez autre, nouveau. Vous voilà capable de vous fondre dans les lointains. Et cette sensation de liberté vous donne des ailes. En même temps, le germe d'une nostalgie éternelle a été planté en vous. Vous ne penserez plus qu'à y retourner. A vous glisser dans cette nouvelle peau qui est la vôtre sur la banquise, ce "moi" qui ne connaît plus lers bornes conventionnelles." (p 102)

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29 juillet 2016

"La dernière fugitive" de Tracy Chevalier * * * * (Ed. Quai Voltaire ; 2013)

Ce livre est un régal, la très belle histoire d'une jeune femme du XIXème siècle, à la fois réservée et volontaire, sage et aventureuse !

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Honor Bright est anglaise et quaker - les Quakers sont ces gens étranges voués au silence et à la prière, qui ne jurent pas, ne mentent pas et ne boivent pas d'alcool - , elle vit à Bridport et a une vingtaine d'années en 1850.
Dès le début, le récit est placé sous le signe du patchwork, principale occupation des femmes quakers qui fabriquent ainsi courtepointes et autres quilts. Après que son fiancé Samuel l'ait quittée pour une autre jeune femme n'appartenant pas aux Quakers - il sera pour cela renié par la communauté - elle décide de partir en Amérique accompagner sa soeur qui part se marier avec un émigré de Bridport, Adam Cox, qui a fondé avec son frère Matthiew une boutique de drapier à Oberlin (Ohio) tout près du lac Erié, non loin du Canada. Après une terrible traversée, Honor qui arrive seule, sa soeur étant décédée de la fièvre jaune, a du mal à trouver sa place entre son ex-futur-beau-frère Adam et Abigail, la femme de Matthiew qui vient de mourir de consomption.
Honor s'apperçoit vite qu'elle est sur la route du "chemin de fer clandestin", filière de routes secrètes d'évasion des esclaves...

Des personnages originaux, au caractère fort, peuplent cette histoire : il y a ce chasseur d'esclave, Donovan, tout ce que déteste Honor et pourtant ils auraient pu se plaire ; il y a Belle Mills, modiste à Wellington, ville voisine, qui accueille Honor, l'héberge et lui donne du travail ; Jack qui deviendra son mari et sa terrible mère Judith... Honor écrit de longues lettres à ses parents restés en Angleterre et à Biddy, son amie d'enfance ; elle leur raconte sa nouvelle vie, cette vie où tout ou presque est à inventer dans ce pays neuf et immense.
C'est un livre très agréable à découvrir, qui nous apprend plein de choses sur les Quakers et les esclaves en fuite ; passionnant, d'une grande humanité, on le dévore rapidement et on en garde un très bon souvenir. Décidément Tracy Chevalier est une auteure à suivre !

Premières phrases : " Elle ne pouvait pas revenir en arrière. Quand Honor Bright avait brusquement annoncé à sa famille qu'elle allait accompagner sa soeur Grace en Amérique - quand elle avait trié ses objets personnels, ne gardant que le nécessaire, quand elle avait fait don de tous ses patchworks, quand elle avait dit au revoir à ses oncles et tantes, et embrassé ses cousins et cousines et ses neveux et nièces, quand elle était montée dans le coche qui allait les arracher à Bridport, quand Grace et elle s'étaient donné le bras pour gravir la passerelle du bateau à Bristol - tous ces gestes, elle les avait effectués en se disant en son for intérieur : je pourrai toujours revenir."

 

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"Le lys de Brooklyn" de Betty Smith * * * * (Ed. 10/18 ; première parution 1943)

lysBrooklyn, quartier de Williamburg, été 1912.
La jeune Francie, onze ans, n'aime rien tant que lire ; aller à la bibliothèque, prendre un livre - par ordre alphabétique, elle en est au B de Brown - et demander poliment conseil à la bibliothécaire, une femme désagréable qui lui fournit toujours les mêmes bouquins. Depuis qu'elle sait lire, la fillette lit un livre par jour, c'est le rythme qu'elle s'est imposée.
Francie a un frère, Neely, dix ans, avec lequel elle cherche puis apporte chez le fripier de vieux chiffons, des papiers, de la ferraille et du caoutchouc, comme les autres gosses pour les vendre quelques sous (5 kg de papiers rapportent 2 sous).
A cette époque, Katie leur mère dont les parents étaient des immigrés autrichiens totalement illettrés, est concierge d'immeuble, ce qui assure un toit à la famille, et fait des ménages en plus : " Maman avait vingt-neuf ans, des cheveux noirs, de beaux yeux bruns, le geste prompt. Belle et bien faite. Elle travaillait comme concierge et entretenait seule trois maisons de rapport. A qui eût-on jamais pu faire croire que Maman lavait des planchers pour faire vivre quatre personnes, elle, si jolie, si mince, si vive, si courageuse, si pleine de gaieté ?... Tout le monde disait que c'était dommage qu'une femme jolie et délicate comme Katie Nolan dût passer sa vie à frotter des planchers. "Mais comment voulez-vous qu'elle fasse autre chose avec le mari qu'elle a ?" On convenait que, sous tous les rapports, Johnny nolan était un beau garçon, aimable, très supérieur à n'importe quel homme du voisinage. Malheureusement, il buvait. Voilà ce que disaient les gens. Et c'était vrai." (p 23)
Francie a un père qu'elle adore et qu'elle trouve formidable ; il est à la fois chanteur et serveur de bar et comme ses beaux-parents son père et sa mère  d'origine irlandaise ne savaient ni lire ni écrire. Malheureusement ce n'est ni un mari ni un père raisonnable...
Francie est une enfant fière et très intelligente qui pense, qui réfléchit beaucoup ; elle observe les gens et leur imagine des vies. Elle a deux tantes assez hautes en couleur : Sissy qui collectionne les hommes et a mis au monde une dizaine d'enfants qui n'ont pas vécu, et Evy, celle qui est mariée à Oncle Willie qui passe son temps à se battre avec son cheval.

A travers le déroulé de cette histoire autobiographique, c'est la reconstitution de toute la vie d'un quartier peuplé d'immigrés italiens, allemands, irlandais, juifs... , un faubourg très pauvre, peuplé de gens miséreux au point de ne pas manger à leur faim bien que souvent dotés de la volonté farouche de s'en sortir.

Extrait p 68 : " Le souper du samedi était mémorable : les Nolan mangeaient des boulettes frites. Une miche de pain rassis, réduite en pâte avec de l'eau chaude, était pétrie avec dix sous de viande hachée dans laquelle on avait émincé un oignon. On ajoutait un peu de sel et deux sous de persil haché menu, pour donner du goût. De ce mélange, on faisait des boulettes qu'on mettait frire et qu'on servait avec de la sauce tomate bien chaude."

Profitons de la réédition de "Le lys de Brooklyn" en poche pour nous (re)plonger dans ce merveilleux livre !

 

Livre lu  dans le cadre du Challenge Pavé de l'été

 

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05 juillet 2016

"La dame à la Licorne" de Tracy Chevalier * * * * (Ed. Petit Quai Voltaire ; 2015. Première édition 2003)

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Paris, 1490 ; un jeune artiste renommé à la cour, Nicolas des Innocents, est convoqué chez Jean Le Viste qui désire habiller les murs de la grande salle de sa belle maison de tapisseries. Ce proche du roi souhaite des scènes de batailles où ses banières et armoiries seraient mises en valeur, mais Nicolas qui a rencontré sa fille Claude et en est tombé fou amoureux,  se laisse convaincre par Mme Le Viste de représenter une Dame et une licorne. En fait ce sont les dessins correspondant à six tapisseries que fera le jeune artiste, des dessins racontant les cinq sens, qui devront être agrandis par un cartonnier travaillant avec un lissier, celui qui tisse l'ouvrage. Après nous avoir présenté la famille Le Viste, l'auteur emmène Nicolas à Bruxelles, dans la famille de Georges de La Chapelle, maître lissier depuis trente ans. L'histoire progresse, racontée alternativement par certains personnages : Geneviève Le Viste la mère, Claude sa fille aînée, Nicolas le peintre et grand coureur de jupons, Georges de La Chapelle et Alienor sa fille.
Immersion totale dans une période charnière entre la fin du Moyen âge et le début de la Renaissance, dans un art et un métier magnifiques, dans des vies où la prière et l'attention à Dieu sont primordiales et l'obéissance au père de famille une règle stricte. 
C'est une époque où il fallait dix jours de cheval pour aller de Paris à Bruxelles et où les filles qui "couchaient" avaient toutes les chances d'être "prises"...
Ce fut un véritable défi pour la famille La Chapelle que d'exécuter ces tapisseries en à peine deux ans et, pressé par le temps, Georges a accepté que sa femme Christine, tisse, ce qui n'était pas autorisé par la guilde. La place des femmes, leur rôle souvent peu enviable mais aussi leurs aspirations et leurs désirs sont bien décrits et sont un atout majeur du livre.

C'est un bel ouvrage, passionnant, un témoignage captivant sur une époque et la fabrication d'une oeuvre d'art majeure.

Extrait, premières phrases de "Notes et remerciements" p 309 : "Cette histoire est pure fiction. Elle repose sur de raisonnables hypothèses concernant les tapisseries de la Dame à la Licorne. On ne sait pas à quel membre de la famille Le Viste en attribuer la commande, ni à quelle date précise la situer, même si les vêtements des femmes et les techniques de tapisserie les font sans doute remonter à la fin du XVème siècle. A l'époque, seul Jean Le Viste avait le droit de porter les armes pleines en sa qualité d'aîné. Nous ne savons pas non plus à qui l'on en doit l'exécution, même si la facture et la technique donnent à croire que l'atelier devait être dans le Nord, sans doute Bruxelles, dont les mille-fleurs étaient alors une spécialité."

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01 juillet 2016

"Le crime était signé" de Lionel Olivier * * * (Ed. Fayard ; 2015)

le_crimeSi le suspens est plutôt "classique", mais bien entretenu et montant en puissance au cours du récit, le véritable intérêt de cette histoire est qu'elle raconte, de l'intérieur, tout ce qui se passe au "36". Dans ses remerciements à la fin du livre, l'auteur qui est lui même ancien enquêteur, salue un policier voulant rester anonyme, qui sait lui raconter l'état d'esprit qui règne à la brigade criminelle du 36 quai des orfèvres à Paris. Lionel Olivier est également au courant de toutes les techniques, même les plus récentes, dont disposent les experts de la police pour obtenir des preuves irréfutables et confondre ainsi les criminels.
Deux jeunes filles d'à peine seize ans ont disparu : l'une, Açelya, est retrouvée morte, asphyxiée, dans le coffre d'une voiture, l'autre, Jessica, ne réapparaît pas. L'enquête s'oriente vers différentes pistes, un prof qui a eu une altercation avec l'une des jeunes filles en classe, un Black qui a payé la chambre d'hôtel que les deux amies avait prise en cachette, une sourde-muette qui a peut être vu l'assassin en train de vomir, trois homosexuels qui font des parties fines dans un cimetière... Bien entendu la solution sera ailleurs, assez étonnante, et encore une fois prétexte à montrer la finesse de raisonnement de certains policiers et les progrès de la technicité. L'auteur aborde également ici les difficultés des adolescents et les risques qu'ils encourent dans une société violente qui peine à les protéger d'eux-mêmes ou d'individus sans scrupules.
Une écriture assez vive, une ambiance bien rendue, une histoire réaliste qui montre le travail des policiers, un polar "à la française" comme le dit son auteur qui immerge le lecteur dans le quotidien d'une équipe policière.

Premières phrases : "Encore ! Trois fois qu'il répétait la même chose, depuis qu'il avait tenté d'alerter la mairie sur la présence de cette voiture tampon. Et rien n'avait bougé ! Et aujourd'hui, ils voulaient tous savoir, le maire d'abord, son empoyeur, puis les flics de Rosny-sous-Bois, et maintenant un certain Fergeac, commandant de police à la Brigade criminelle. Plus empressé que les autres, ce jeunot, avide du moindre détail et perfectionniste ! Les pires à ses yeux, de l'espèce des insatisfaits chroniques. Maintenant, le mal était fait et personne n'était encore parvenu à ressuciter les morts."

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28 juin 2016

"Le pays du nuage blanc" de Sarah Lark * * * * (Ed. archipoche ; première parution 2007)

pays_nuage_blancPartir en Nouvelle Zélande en 1852, c'était l'Aventure avec un grand A ! Deux jeunes femmes anglaises se lancent, l'une, Hélène, préceptrice, pour se marier avec un fermier qui a mis une petite annonce dans un bulletin paroissial, l'autre Gwyneira, une jeune lady passionnée de chevaux, de chiens et d'élevage, que son futur beau-père emmène pour son fils à l'autre bout du monde.
De nombreuses semaines de bateau plus tard, alors qu'elles se sont liées d'une amitié indéfectible, elles arrivent en vue de l'île du Sud, cachée derrière des nuages, "une longue couche de ouate blanche..., on aurait dit que les montagnes flottaient dans une masse cotonneuse, blanche et lumineuse". Un pays absolument magnifique !
Elles vont, chacune de son côté, rejoindre la vie prévue pour elles ; elles connaîtront bonheurs et déboires, des vies assez âpres dans un pays neuf, où peu de colons sont vraiment installés, où les immigrés anglais cherchent à rester ou à devenir des gentlemen tout en se conduisant souvent de façon "cavalière" avec les femmes ou les indigènes. Il faudra du temps aux Maoris pour comprendre que les Blancs les ont quelque peu spoliés et réclamer leur dû.

Une saga néo zélandaise très prenante, émouvante souvent, facile à lire, qui nous apprend plein de choses - en plus du comportement des humains qui peut aller de l'héroïque au désespérant... Ne boudons pas notre plaisir de lire une belle histoire, bien racontée de surcroît.
Un "petit pavé" pour l'été et... chic alors, il y a deux autres tomes !

Premières phrases : "Eglise anglicane de Christchurch (Nouvelle-Zélande) recherche jeunes femmes honorables, capables de tenir un ménage et d'éduquer des enfants, pour contracter mariage avec messieurs de notre paroisse, hommes aisés bénéficiant tous d'une réputation irréprochable.
Le regard d'Hélène s'arrêta un bref instant sur la modeste annonce du bulletin paroissial qu'elle avait parcouru en diagonale pendant que ses élèves étaient absorbés par un exercice de grammaire."

 

Livre lu dans le cadre du "Pavé de l'été" 2016

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Posté par claire jeanne à 10:38 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
20 juin 2016

"Pour l'amour de Finette" de Remo Forlani * * * *

Forlani-Remo-Pour-L-amour-De-Finette-Livre-88112930_L14 juin 1940.
Les Allemands arrivent à Paris.
Adrienne, employée de maison, fait la rencontre de Finette, toute petite chatte oubliée pendant la fuite de ses maîtres. C’est le début d’une histoire d’amour fou, c’est le début d’années terribles sous l’Occupation, la collaboration, c’est le début d’une incroyable résistance qu’Adrienne mènera, aidée par une ribambelle de personnages à deux ou à quatre pattes. C’est une écriture tendre, drôle malgré les circonstances.
C’est un amour de livre !
(Merci Liliane pour cette découverte !)

L'avis de Claire Jeanne : Grand amoureux des chats (comme les 2 bouquineuses...) Mr Forlani nous raconte ici une très belle histoire ; les animaux aussi souffrent des guerres et peuvent transformer des gens normaux en "résistants" !

Posté par maud_s à 17:06 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
16 juin 2016

"En attendant Bojangles" de Olivier Bourdeaut * * * ( Ed. Finitude ; 2015)

en_attendantChronique d'une folie pas ordinaire, écrite par le fils du couple étonnant que forment un homme qui s'appelle Georges et une femme qui change de prénom tous les jours, vue par les yeux de l'enfant et racontée avec ce qu'il comprend et ce qu'il ne comprend pas de leur vie. Le début de l'histoire est plutôt drôle : " Quand j'étais à l'école, Maman préparait beaucoup de bonnes choses à manger qu'elle confiait au traiteur qui nous les rapportait quand on en avait besoin, ça épatait les invités." (p 19)
"Il m'avait expliqué que c'était à cause du rugby que le contour de ses oreilles ressemblait à des queues de gambas, je n'avais pas très bien compris, mais en tout cas j'avais décrété que le "gym tonic" était un sport moins dangereux que le rugby, du moins pour les oreilles." (p 20)
Il y a aussi, au cours du récit, des passages écrits par Georges, qui racontent le début de sa vie commune avec sa fofolle de femme ou des pensées quant à ses excentricités, car il s'inquiète tout de même un peu de ses débordements.
C'est une famille de quatre individus : le père et la mère, tous deux farfelus et excentriques, le fils qui est le narrateur donc, et "Mademoiselle superfétatoire", un grand oiseau rapporté de Numidie. Le plus souvent il y a là aussi "l'Ordure", ami très proche du père et sénateur de son état ; c'est lui qui a fait gagner beaucoup beaucoup d'argent à Georges en inventant le contrôle technique, Georges qui a alors ouvert des garages et facturé très cher visites et contre-visites, si bien qu'il n'a plus besoin de travailler à la grande joie de sa famille. Ils peuvent s'acheter un château en Espagne et faire la fête, danser, avec tous leurs amis.
Mais il y a dans un coin de leur appartement, un énorme tas de courrier, jamais ouvert, dans lequel l'enfant peut se jeter pour jouer ; et dans ces lettres, celles du fisc qui un jour les rattrapera, malheureusement.
S'il y a du comique au début, au bout de peu de temps on se dit que ça risque de mal finir, la vraie vie ne supporte pas ces comportements qui ravissent l'enfant ; et la fin de l'histoire est triste mais belle.

A lire en écoutant Nina Simone chanter "Mr Bojangles" !

Extraits : " Afin de m'instruire, mes parents ne manquaient pas d'idées. Pour les mathématiques, ils me déguisaient avec des bracelets, des colliers, des bagues, qu'ils me faisaient compter pour les aditions, et après ils me faisaient tout enlever jusqu'au caleçon pour les soustractions. Ils appelaient cela "le chiffre-tease", c'était d'un tordant. Pour les problèmes, Papa me mettait en situation, disait-il. Il remplissait la baignoire, enlevait des litres, avec une bouteille, une demi-bouteille et me posait une foultitude de questions techniques. A chaque mauvaise réponse il me vidait la bouteille sur la tête." (p 43)

" Ils volaient mes parents, ils volaient l'un autour de l'autre, ils volaient les pieds sur terre et la tête en l'air, ils volaient vraiment... Ils dansaient à en perdre le souffle, tandis que moi je retenais le mien pour ne rien rater, ne rien oublier et me souvenir de tous ces gestes fous. Ils avaient mis toute leur vie dans cette danse, et ça, la foule l'avait très bien compris, alors les gens applaudissaient comme jamais..."  (p 141)

Posté par claire jeanne à 11:01 - - Commentaires [1] - Permalien [#]