nouveau_nomC'est un très beau livre que ce deuxième tome de "L'amie prodigieuse" ; on retrouve avec beaucoup de plaisir la narratrice, Elena Greco, et son amie d'enfance, Lila Cerullo. Elles ont grandi - on est maintenant dans les années soixante, toujours à Naples - et Lila est mariée : d'avoir épousé très jeune un riche épicier lui permet de laisser derrière elle la pauvreté, mais pas forcément de trouver le bonheur. Ce récit aurait pu s'appeler "Un été à Ischia", petite île de la mer tyrrhénienne où les principaux protagonistes de l'histoire vont passer des vacances qu'aucun d'eux n'oubliera.
Dans leur quartier de Naples de ces années-là, c'est la lutte permanente contre la misère, l'omniprésence de la Camorra, le machisme : un vrai homme bat sa femme, un vrai homme a des fils. Les familles, très nombreuses, survivent difficilement et le communisme séduit et enflamme les jeunes.

Ce n'est pas un thriller bien sûr mais il y a un vrai "suspens" : que vont faire de leur vie ces très jeunes femmes que sont Lila et Elena ; Lila a épousé un homme qu'elle n'aime pas vraiment mais va développer une passion pour un jeune étudiant et Elena a déjà été amoureuse, mais toute sa vie est devant elle sans qu'elle sache ce qu'elle va en faire. Des études sans doute, elle est si bonne élève ; mais peut-on vraiment s'intégrer dans un milieu qui n'est pas le sien, quand on a une origine aussi modeste ? C'est l'une des questions importantes qui va se poser à la narratrice.

Leur amitié va fluctuer au gré des différents épisodes de leurs vies, Lila toujours aussi fantasque et déroutante et Elena très volontaire mais n'ayant que peu confiance en elle ; leurs vies tournent tellement différemment qu'il est difficile d'imaginer qu'elles puissent rester amies, et pourtant...

 Elena Ferrante, auteure dont on ne sait rien, nous charme encore une fois et nous entraîne dans son monde grâce à sa merveilleuse écriture et son étonnante capacité à disséquer les personnalités ; le tome suivant est attendu avec impatience !

Premières phrases : " Au printemps 1966, Lila, dans un grand état de fébrilité, me confia une boîte en métal contenant huit cahiers. Elle me dit qu'elle ne pouvait plus les garder chez elle car elle craignait que son mari ne les lise. J'emportai la boîte sans faire de commentaires, tout juste quelques remarques ironiques sur la quantité de ficelle qu'elle avait utilisée pour la fermer. A cette époque nous étions en très mauvais termes, mais on aurait dit que j'étais la seule à le penser. Les rares fois où nous nous voyions elle n'exprimait nulle gêne, elle était affectueuse et pas une parole hostile ne lui échappait."