51ZiCHR17PLMerci à Babelio (Masse critique) et aux éditons Quai Voltaire

Ecrit en 1972, mais ne paraissant en France que maintenant, "La vie rêvée de Virginia Fly" est une belle réussite d'Angela Huth ; comme à son habitude, l'auteure dissèque avec soin les sentiments de ses personnages et particulièrement de son héroïne, ici Virginia, mais avec un humour plus intense que dans ses livres plus récents. Cette pauvre Virginia, professeure d'arts plastiques habitant toujours chez papa-maman pourrait être vraiment pathétique, avec sa trentaine intacte ; elle est toujours vierge, n'a pas vraiment de petit ami, et le clame haut et fort dans une émission de télévision.
Et alors, qu'est-ce qui est drôle là-dedans ? Eh bien tout ! La jeune fille entretient une relation épistolaire depuis douze ans avec Charlie, un américain qui débarque enfin à Londres ; évidemment les choses ne sont pas du tout ce qu'elle a cru et la perte de sa virginité avec Charlie ce soir-là est un morceau d'anthologie ! " Virginia ferma les yeux. Mon Dieu, faites qu'il enlève ses chaussettes, supplia-t-elle. Les yeux toujours fermés, elle ôta son collant et sa culotte. Elle entendit le rire de Charlie. Qu'est-ce qu'il y a ? Tu fais comme les enfants : tu fermes les yeux et tu t'imagines que les autres ne peuvent pas te voir... Virginia ouvrit les yeux. Charlie se léchait les lèvres et reniflait. Des soubresauts agitaient son slip... Bon, allez, on s'y met." (p 82)
Les parents ne sont pas mal non plus : le père un homme "moyen", gentil, chronomètre le temps qu'il met à toute heure et en toute saison pour revenir de la gare et la mère s'habille comme pour une soirée quand elle reçoit "nos amis de la télévision" et son décolleté se couvre de plaques rouges...

Suite à son passage télévisé, Virginia reçoit deux lettres ; la première d'une femme, Mrs Robinson, qui veut lui faire rencontrer quelqu'un, Ulick ; l'autre lettre provient du "professeur", avec lequel elle va au concert depuis quelques années. Veuf et nettement plus agée qu'elle, le professeur a l'air d'hésiter à faire sa demande...
C'est sa lucidité qui est émouvante et drôle en même temps ; Virginia est sans illusion sur elle-même et s'accepte telle qu'elle est. Mais la pression sociale est forte, alors pourra-t-elle conserver sa façon de concevoir la vie ?
La fin du livre montre que ce qui est drôle peut devenir cruel... En tout cas, Angela Huth a parfaitement réussi son coup : nous entraîner dans une histoire qu'on ne lâche pas, nous divertir, tout en nous montrant nos multiples travers. Un très bon moment de lecture !