41gV8VlCQjLQuand Anna Magnusson, substitut du procureur à Stockholm est appelée par sa grand-mère pour venir défendre son cousin Nils Mattis accusé de viol, elle n'hésite pas. L'histoire de famille est lourde : la mère d'Anna était partie de Laponie pour vivre une autre vie en Suède et c'était sa soeur, Sara Marit, la mère de Nils Mattis qui était restée ; son fils s'occupe maintenant du troupeau familial.
Le troupeau de rennes, celui qu'on hérite de ses parents et qu'on transmet à ses enfants ; toute l'activité de la famille same dépend de ce troupeau et celui ou celle qui part, est accusé(e) d'abandonner l'oeuvre de plusieurs générations. "Un troupeau d'animaux vivants est l'héritage que tu lègues. Tout cela correspond à un labeur et à des privations qui s'étalent sur des générations." (p 381)

Petit à petit, Anna qui va rester bien plus longtemps que prévu dans ce territoire de froid, de neige et d'aurores boréales, comprend le sentiment de culpabilité qui n'avait jamais quitté sa mère, décédée récemment. Elle qui était venue passer quelques vacances chez ses grands-parents dans la région de Kautokeino mais n'avait jamais vécu vraiment avec sa famille, découvre des choses dont elle ne se doutait pas ; l'immersion dans la vie quotidienne des Sames, ce peuple autochtone du nord de la Scandinavie, qui vit essentiellement de l'élevage des rennes est passionnante à lire. Il y a la langue, les magnifiques costumes traditionnels ou kolts, mais aussi le travail si dur dans la montagne.
Les Sames mieux considérés maintenant, ont souffert de manque de reconnaissance et de respect : des frontières sont apparues divisant leur territoire, les gouvernements ont voulu leur imposer des lois mal conçues pour eux, et comme pour un certain nombre de peuples premiers, différentes missions ou organisations religieuses sont intervenues, retirant leurs enfants à des familles soi-disant en difficultés et les envoyant se faire adopter dans le sud, à Oslo par exemple.

Anna, qui se retrouve comme un symbole entre tradition et modernité, se pose des questions quant au rôle que peut jouer un système juridique moderne dans "une société qui présume que la loi et le droit dépendent du contexte social et des expériences accumulées au cours de l'histoire ?"

Si l'intrigue est assez bien menée, l'intérêt principal du livre est de coller à cette réalité très difficile qu'est la vie des humains dans le cercle polaire malgré la majesté des paysages. Le livre d'un homme qui, on le sent, aime la région et ses habitants et veut les faire mieux connaître.

Extrait (p 475) : " Combien de Sames du dessus du panier ne voit-on pas voyager de par le monde, pour parler de traditions et de culture dans des séminaires sur les peuples autochtones ? Ceux-là se sont octroyé le monopole de la représentationdes indigenous people dans tous les contextes possibles et imaginables. Combien, parmi tous ces experts en culture same, ont une expérience de cette vie ? Que savent-ils des vêtements mouillés, des nuits de garde à peler de froid, du café amer et de la bouillie d'avoine brûlée, des vingt-quatre heures d'affilée sur les scooters et de la surveillance du troupeau durant les nuits glaciales où il gèle ? Connaissent-ils la douleur qui envahit les doigts blanchis quand le sang s'en retire, ou les articulations raides ?"