51oknZ1L5gLDès les premières phrases, c'est la "plongée" dans un univers original, assez poétique et plutôt mystérieux, celui de Monica Sabolo : de l'eau, des algues, les bords du lac Léman, des reflets de poissons, des rêves dans les eaux sombres, une jeune ondine dans une chemise bleue...

Un homme d'une quarantaine d'années ne va pas bien ; il ne s'est en fait jamais remis de la disparition de sa soeur, Summer, à l'âge de dix-neuf ans - il y a de cela presque vingt-cinq ans - alors que lui n'avait que quinze ans ; il était le petit frère, celui qui suivait le groupe des filles, l'invisible. Il va mal au point de ne plus arriver à vivre : il lui faut un psy, des médicaments, un congé maladie. Alors il raconte cet été-là, le pique-nique avec sa grande soeur adorée et ses amies, puis "une silhouette qui s'évapore".
Il aimait ses parents le jeune Benjamin, il nous les présente : un père viril et triomphant, avocat connu, et une mère belle et rayonnante. Des invités, des fêtes souvent, du champagne, puis tout d'un coup, plus rien, la beauté blonde n'est plus là.
La police bien sûr fera des recherches, mais sans résultat ; c'est en tout cas ce que croit Benjamin. Petit à petit, l'histoire de la famille idéale à ses yeux d'enfant se fissure ; Marina une amie de la mère, puis Jill, une amie de Summer et enfin sa mère elle-même prononceront des paroles qui le mettront en alerte. C'est en retournant vingt-cinq ans plus tard, voir le policier chargé de l'affaire qu'il saura ce qu'il s'est passé...
La question principale ici étant on sait ce qu'on ne sait pas, on ne sait pas ce qu'on sait.

L'histoire est prenante, mais c'est ce qu'en fait l'auteure qui la rend remarquable : Monica Sabolo se glisse dans les méandres de l'esprit de Benjamin, petit garçon heureux, adolescent mal dans sa peau, adulte tourmenté qui bute sur un problème insoluble et que le reste du monde n'aide pas. Son écriture très précise et souvent poétique met en scène un monde vu par les yeux d'un personnage, un seul ; nul autre ne vit, ne ressent la même chose.
c'est très réussi !

Premières phrases : " Dans mes rêves, il y a toujours le lac. L'été où c'est arrivé, cet été dont rien n'a marqué ma mémoire, ou juste quelques images, comme des photographies nettes et brillantes, pendant ce mois de juillet où nos vies ont changé pour toujours, il faisait si chaud que les poissons remontaient des profondeurs du lac Léman. On se mettait sur la rive, et l'on voyait ces masses sombres à la surface, comme des monstres suffocants, et l'on pouvait imaginer l'intérieur de leur bouche, la chair rose, écoeurante."