41w6LWuT5MLCe livre, l'un des derniers de Siegfried Lenz, l'auteur du magnifique "La leçon d'allemand" (chronique du 21 janvier 2018)  nous permet de retrouver la superbe écriture tout en délicatesse de son auteur et son humanité tendre pour son personnage principal.

Le roman, assez bref (128 pages), nous présente un tout jeune homme de dix-huit ans qui assiste à une cérémonie commémorative en souvenir d'une jeune femme, professeure d'anglais dans son lycée, décédée en mer ; l'action se passe dans le petit port de Hirtshafen, au bord de la mer baltique.
Dès le début Christian, le narrateur, parle à Stella en la tutoyant et en évoquant une grande intimité entre eux ; sa gaieté, sa beauté, son charme et sa joie de vivre séduisaient ceux qu'elle côtoyait ; pour lui, son élève, c'était un premier amour inoubliable. 

Le récit est habilement construit entre l'actuel, le passé et les rêves d'avenir du garçon ; mais peut-il y avoir un avenir à cette relation hors normes ?

Il y a une île aux oiseaux fréquentée par un vieil ornithologue, des poissons plats dans le sable mouillé, une fête de plage, des parents plutôt compréhensifs, de gros rochers déposés en brise-lames, des photos et des lettres, toutes sortes de petits faits qui font le quotidien et que l'auteur nous révèle petit à petit, permettant au lecteur de s'approprier l'histoire.
Et ce qui est particulièrement bien rendu et subtilement suggéré, c'est le regard que porte Christian sur la femme qu'est Stella ; elle a vécu avant leur rencontre, il ne sait pas grand-chose d'elle finalement, mais a l'espoir de pouvoir transformer cette liaison secrète en vie à deux.

Extrait p 125 : " J'ai compris que je ne pouvais pas livrer cette découverte au lycée, parce que cela risquait de faire disparaître quelque chose qui était tout pour moi - peut-être faut-il que ce qui nous rend heureux repose et soit préservé en silence."

Une belle histoire, inachevée donc, tout en retenue et en finesse ; un tour de force littéraire qui dénote une grande maîtrise.