41S1zlj3GkLLa première des huit nouvelles présentées ici est peut-être la plus marquante ; encore que... il y en a plusieurs autres qu'on ne risque pas d'oublier non plus ! De véritables coups de poing ces histoires : il y a le sujet traité bien sûr, mais on a l'impression que Julio Cortazar pourrait s'emparer de n'importe quel thème avec autant de réussite, et l'écriture vive, précise, intense.
Le genre de livre dont le lecteur s'aperçoit tout à coup qu'il a lu plusieurs pages en apnée.
La première nouvelle donc,  raconte un embouteillage, mais pas n'importe quel embouteillage : un gigantesque amas de voitures sur l'autoroute du Sud, coincées les unes contre les autres, et ce, pendant longtemps puisque plusieurs saisons vont passer. Tout commence de façon tout à fait normale mais soudain on se dit que ce n'est pas possible, que c'est exagéré ; mais comme l'auteur continue à raconter son histoire, le lecteur, lui, est bien obligé de continuer d'y croire, d'autant que le décalage avec une réalité possible est vraiment mince.
Ce petit récit "L'autoroute du Sud" écrit en 1964 cite des noms de voitures qui n'existent plus bien sûr mais cela apporte une intemporalité qui va de pair avec l'étonnant et l'extraordinaire...

Dans "La santé des malades" l'auteur raconte l'histoire d'une famille dont on ne peut rien dire à la mère du fait de sa santé trop fragile ; alors tous la trompent quand un malheur arrive, mais est-elle vraiment dupe ? Et les membres de cette famille ne finissent-ils par croire à leurs mensonges ?
Et puis il y a "Réunion" où il semble bien au lecteur que Che Guevara a pris la parole pour raconter un épisode de sa courte vie, "Mademoiselle Cora" sur les rapports entre un jeune patient et son infirmière dont la fin est tout à fait glaçante, et les autres courts récits tout aussi extraordinaires, objets littéraires plutôt originaux, à la psychologie fouillée et souvent constitués de longues phrases qui coupent le souffle.

Premières phrases : " Au début, la jeune fille de la Dauphine aurait bien voulu compter les heures, mais l'ingénieur de la 404 n'en voyait pas l'intérêt. Tout le monde pouvait regarder sa montre mais c'était comme si ce temps attaché au poignet ou le bip bip de la radio mesurait autre chose, par exemple le temps de ceux qui n'avaient pas fait la bêtise de vouloir rentrer à Paris par l'autoroute du Sud un dimanche après-midi et qui n'avaient pas dû, dès après Fontainebleau, se mettre au pas, s'arrêter, six files de chaque côté (on sait que les dimanches l'autoroute est réservée exclusivement à ceux qui rentrent à Paris), remettre le moteur en marche, avancer de trois mètres, s'arrêter, bavarder avec les deux religieuses dans la 2 CV à droite, avec la fille de la Dauphine à gauche, regarder dans le rétroviseur l'homme au teint pâle qui est au volant d'une caravelle, envier ironiquement le bonheur du couple de la 203 (derrière la Dauphine) qui joue avec leur petite fille, plaisantant et mangeant du fromage, ou être exaspéré par les deux petits jeunes gens de la Simca qui précède la 404 et même descendre aux arrêts et explorer un peu les alentours sans trop s'éloigner..."

A lire - ou à relire - c'est de la très bonne littérature !