41LnuQrF2wL"Les premiers temps furent merveilleux. au bout de sept jours, Martin était allé à sept fêtes et avait acheté sept chiens. Que demander de plus ? Au bout de quinze jours, il était sûr de connaître tous les habitants - cent cinquante en tout et pour tout. Jamais il n'en avait connu autant à Lyngby, où il avait résidé durant toute sa vie d'adulte. Il circulait, heureux, dans le hameau, environné de sourires gentils, de saluts joyeux..." (p 56)

Martin Willumsen, 38 ans, est un instituteur danois qui a besoin de changer de vie et a envie d'aventure ; il demande à être muté au Groenland à un certain Bjorn Gudmandsen, employé au ministère du Groenland - département de l'éducation, qui le lui accorde, non sans lui avoir expliqué qu'il a lui-même passé vingt-sept ans sur place et recommandé de ne jamais apprendre le groenlandais, l'important étant de "faire de ces braves gens là-haut des Danois" et sûrement pas de préserver leur propre culture !

Nommé à Nunaqarfik, dans le district d'Umanaq, "le plus bel endroit du monde", il se retrouve alors bien au-delà du cercle polaire qui marque au Groenland la frontière canine, c'est à dire le droit d'élever des chiens de traîneaux et la frontière entre la société des pêcheurs et celle de chasseurs (au nord), dans une communauté accueillante, joyeuse et fraternelle.

Outre les icebergs, une montagne en forme de coeur et des conditions climatiques extrêmes, Martin va vivre avec un certain nombre de personnages, assez hauts en couleur : le jeune Jakob, 14 ans, revenant de son année d'études au Danemark, Abala son père qui va devenir mineur pour gagner de l'argent, le chasseur Gert Malakiassen roublard et blagueur, qui lui a vendu des chiens dès son arrivée et qui parle un peu le danois ; il y a aussi Pavia le catéchiste instituteur associé et prêtre de la petite communauté qui a si peur des tupilaks (fantômes) et qui boit trop de bière, le médecin du district Jorgen Andersen qui déconseille à ses patients toute fréquentation du mot "principe", et puis Naja bien sûr, la belle et mince Naja dont Martin tombe amoureux dès qu'il la voit...

Qui dit chiens dit traîneau, mais aussi harnais, ici confectionnés sur mesure en peau de phoque barbu et puis... nourriture pour lesdits chiens qui doit être pêchée (des flétans), donc matériel de pêche et bateau, et vêtements adaptés, fusil pour chasser le phoque... Voilà Martin très vite emporté dans le quotidien de l'habitant du Grand Nord, qui se glisse facilement et plaisamment dans la peau d'un inuit et se sent entièrement chez lui.

Dans l'ensemble plutôt tolérants et indulgents, rieurs, évitant si possible les conflits, les Groenlandais semblent prendre la vie comme elle vient : "Est-ce que tu ne peux pas tout simplement... vivre ici ? c'est ce que nous faisons, nous autres. Nous ne sommes pas comme des dingues à essayer tout le temps de comprendre." (p 78)
Mais un peu trop de bières, l'hiver sans lumière trop longtemps, l'isolement et parfois le manque de PQ posent des soucis aux habitants ; même s'il y a des projections régulières de films, des tournées de chanteurs, des danses festives à la moindre occasion...
Et puis le Groenland, en partie du fait de son appartenance au Danemark, est pris entre vie traditionnelle adaptée aux terrain et climat si particuliers du Grand Nord et vie moderne représentée par les Danois ; on assiste à une incompréhension grandissante entre un père (Abala) resté au Groenland et son fils (Jakob) parti un an apprendre le danois et que manger du phoque écoeure maintenant qu'il a gouté aux hamburgers frites.
Abala, celui qui va aller travailler dans les nouvelles mines de zinc, provoque aussi des réflexions amères : "...Des normes de valeur qui étaient peut-être en train de changer. Toute la société reposait sur le fait qu'être chasseur était la fonction la plus digne - porteuse de toute la culture. Qu'allait-il se passer maintenant si le chasseur était supplanté par le salarié ?" (p214)

Imaqa veut dire peut-être, parce que rien n'est sûr et que rien n'est vraiment sérieux :

"Au Groenland, pépins et tracasseries sont interprétés positivement - et, si c'est vraiment grave, avec humour." (p 36)