51LfHN0ftDL

Richard Waganese est un écrivain amérindien, d'origine ojibwé ; canadien anglophone, il porte en lui la sagesse des Anciens, les Ojibwés du Nord, installés à la limite de l'Ontario et du Manitoba.

Le narrateur, Saul Indian Horse - le titre du livre en v.o. est "Indian Horse" - est prié par le personnel d'un établissement de soins de raconter son histoire, pour aller mieux, pour vivre en paix avec lui-même.

" Notre peuple a des rites et des cérémonies qui ont pour but de nous apporter le don de vision. Je n'ai jamais participé à aucun d'eux, mais j'ai vu des choses. Je me suis senti emporté et je me suis senti sortir de ce monde physique pour rejoindre un lieu où le temps et l'espace ont un rythme différent... Nos hommes-médecines m'appelleraient devin." (p 9).

Indian horse est le nom de sa famille depuis que son arrière-grand-père Shabogeesick a rapporté le premier cheval au camp. Nourri de légendes et de chants, vivant dans la Nature et proche des animaux, le narrateur raconte que sa vie a changé quand il a eu huit ans : sa très vieille grand-mère, Naomi la matriarche, extrêmement méfiante vis-à-vis des Zhaunagush (les blancs) qui viennent prendre les petits amérindiens pour les envoyer dans d'horribles pensionnats, cache ses deux petits-fils en forêt dès qu'un étranger s'approche. Malgré tous ses efforts, la vieille dame ne pourra les soustraire très longtemps et les vies de tous deviennent très difficiles ; les parents qui perdent ainsi leurs enfants ne supportent pas leur absence et se mettent à "consommer la boisson des Zhaunagush" le whiskey, les enfants désespèrent dans des établissements tenus par des religieux qui n'ont aucune bonté ni même charité et pour lesquels l'indien sera toujours très inférieur au blanc !

" Ils m'emmenèrent dans un pensionnat, le St. Jerome's Indian Residential Scool. Une fois, j'avais lu qu'il y avait dans l'univers des trous qui avalaient toute la lumière, tous les corps. St. Jerome's vola toute la lumière de mon monde. Tout ce que je connaissais s'évanouit derrière moi..." (p 52)

La grande chance de Saul fut d'être divinement doué pour le sport national canadien, le hockey sur glace. Un jeune prêtre, le père Leboutilier, croit en lui, lui donne sa chance, le défend contre les autres adultes et l'emmène aux entraînements ; petit à petit, l'enfant devient le meilleur...

" Je restai en limite du match d'entraînement, le jeu déroulant son schéma devant moi. Puis soudain, je le vis clairement. Je vis la direction du jeu avant même qu'il se passe quelque chose et j'avançai à cet endroit précis." (p 81)

Il y a des passages tristes bien sûr, comment peut-on manquer à ce point de compassion pour des enfants et comment les "blancs" ont-ils pu (en espérant qu'ils ne le sont plus...) être aussi racistes ? C'est bouleversant.
Mais c'est un livre aussi d'une belle humanité, Saul trouvera finalement une certaine sérénité au sein d'une  famille d'accueil et d'une grande beauté grâce à une écriture sensible et poétique.

Un très beau livre, puissant et inoubliable !