41Lyg1sXJXLQuelle écriture et quelle histoire !

L'écriture, très certainement excellemment servie par la traduction de Sika Fakambi, est à la fois très littéraire et poétique quand l'histoire est racontée, et tout à fait déformée, simple, presqu'argotique dans les dialogues. La langue utilisée par les personnages rappelle le français qu'on peut entendre aux Antilles et au Québec, c'est une langue drôle, savoureuse, très étonnante : " Le jour où tu vas mettre ta main dans la mienne, plus jamais je vais laisser le soleil descendre sur nous en célibataires. Moi chuis un homme avec des principes. Toi t'as jamais connu c'est quoi être traitée comme une dame et moi je veux être celui-là qui va te montrer. Appelle-moi Jody comme tu fais des fois." (p55)

L'histoire est celle de Janie, une jeune femme noire du Sud des Etats-Unis dans les années trente ; elle raconte à son amie Pheoby, une fois revenue dans son village d'origine d'Eatonville en Floride, ses trois existences différentes à travers ses trois mariages.
Sa grand-mère qui l'a élevée et qui avait connu l'esclavage, voulait que Janie trouve sécurité et richesse dans son mariage et quand elle s'aperçut que sa petite fille s'ouvrait à la vie - il y a de très belles pages sur "l'éclosion" de Janie - elle la marie très vite à un homme qui a du bien...
Ainsi commence l'existence de cette femme remarquable, qui va chercher à la fois à connaître des sentiments vrais, à s'émanciper, à établir sa propre identité ; dans le tumulte de sa vie, elle poursuivra la recherche d'un bonheur profond et honnête, et de sa liberté.

Elle est belle, courageuse, intelligente, féministe et elle aime la vie cette Janie ; c'est une jeune héroïne noire, dans une société d'après l'esclavage qui se cherche un avenir.

Quasiment inconnu en France, ce récit puissant, immense aux États-Unis, est à lire, à découvrir, à apprécier !

Premières phrases : "Les navires au lointain transportent à leur bord tous les désirs d'un homme. Certains reviennent avec la marée. D'autres voguent à jamais sur l'horizon, sans jamais s'éloigner du regard, sans jamais toucher terre jusqu'à ce que le Guetteur détourne les yeux de résignation, ses rêves raillés mortifiés par le Temps. Telle est la vie des hommes."