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Premier écrivain égyptien et de langue arabe à avoir été récompensé par le prix Nobel de littérature (1988), Naguib Mahfouz (1911-2006) est sans doute le plus célèbre représentant des romanciers contemporains d'Egypte ; souvent comparé à Balzac, à Zola ou à Victor Hugo, inspiré par la vie foisonnante régnant dans sa ville du Caire, il a en particulier écrit une trilogie, véritable saga familiale imprégnée d'Histoire, dont le premier tome s'intitule "Impasse des deux palais".

Alors, que se passe-t-il "Impasse des deux palais" au Caire ? Dans une maison que l'on imagine très grande, vit une famille composée du père Ahmed Abd el-Gawwad, de la mère Amina, de deux garçons Fahmi et Kamal le petit dernier, et de deux filles Khadiga l'aînée des quatre enfants et Aïsha ; il y a aussi un grand garçon, Yasine, fils du père et d'une autre femme, la première, répudiée. Et il y a les domestiques, avec à leur tête la très corpulente Oum Hanafi qui seconde efficacement sa maîtresse.

Le début du livre insiste sur la vie d'Amina, âgée d'environ quarante ans, une femme aimante, soumise et satisfaite de son existence, qui doit cependant se réveiller à minuit pour accueillir son mari - celui qu'elle appelle seigneur, maître ou monsieur - rentrant de ses soirées libertines, qui ne sort jamais de la maison et ne voit l'extérieur que grâce au moucharabieh, une femme sans instruction mais loin d'être sotte, qui croit aux djinns et aux démons de la nuit, utilise talismans, amulettes et récite force sourates protectrices, mais cherche à travers la vie de ses fils à comprendre l'évolution de son pays.

Nous sommes donc en Egypte, sous protectorat anglais, en 1919, et nous allons suivre à travers cette famille, à la fois le mode de vie égyptien de cette époque mais aussi la révolution menée par Saad Zaghloul depuis la capitale égyptienne puis l'île de Malte où il est exilé.
Le lecteur trouve donc aussi bien une intimité familiale très étudiée, la narration de la vie des hommes de la famille père et fils, et l'Histoire de leur pays traitée à travers les yeux des protagonistes. C'est passionnant !

Le maître de maison, au corps imposant, à la tenue très soignée et à l'esprit vif, bien qu'assez tyranique et autoritaire - ses enfants ont très peur de sa sévérité - a un amour immodéré pour sa famille ; il faut lui obéir en tout ! Il est extrêmement religieux et croyant comme tous les hommes de son entourage semble-t-il, il possède une belle boutique et a de nombreux amis, mais ne comprend pas grand chose à cette révolution et ne souhaite pas y participer. Un de ses fils pourtant y jouera son destin...

Le mariage des filles est affaire importante, qui occupe toute la maisonnée ; toujours cachées dans la maison, ne connaissant de la vie que ce que racontent leurs frères, elles ne doivent être vues d'aucun homme. Aïsha plus jolie que sa soeur, risque de se marier la première alors qu'elle est plus jeune que Khadiga... C'est un gros souci pour les parents et le père de famille, si rude soit-il, souffre pour sa fille...

L'écriture est très belle, très fine dans l'expression du caractère de chacun des membres de la famille ; l'ensemble est épatant, très riche, envoûtant !
Un auteur à découvrir si ce n'est déjà fait.

Extrait p 9 : " C'était l'habitude qui l'avait tirée du sommeil à cette heure, une vieille habitude, héritée de la prime jeunesse, et qui la possédait encore à l'âge adulte, qu'elle avait faite sienne au même titre qu'un certain nombre de règles de la vie conjugale, et qui voulait qu'elle fut sur pied au beau milieu de la nuit pour attendre son mari au retour de ses sorties nocturnes et le servir avant qu'il s'endorme."

Extrait p 332 : " Il jouait du tambourin avec une autre adresse qu'Ayousha, la spécialiste de l'instrument, semait les jeux de mots et faisait mourir de rire les gens autour de lui ! Mais qui diable était cet homme ? Son père ? M;Ahmed el-Gawwad ? Le sévère, l'autoritaire, le terrifiant, le pieux, le dévot, celui qui faisait mourir de terreur ceux de son entourage ?..."