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Pourquoi lire ou relire "Notre-Dame de Paris" de Victor Hugo ? Il est vrai qu'on a beaucoup parlé de la cathédrale depuis l'incendie du 15 avril 2019 ; à cette malheureuse occasion, des ouvrages qui lui sont consacrés sont réapparus, dont le chef d'oeuvre de Victor Hugo.
Déjà lu ? Jamais lu ? Profitons-en pour se (re)plonger dans de la très bonne littérature classique ; serons-nous séduits ? déçus ? accrochés ? éblouis ?

Premier choc : la beauté de la langue ; deuxième choc, malgré le temps passé depuis son écriture, presque deux siècles, la modernité de la pensée de l'auteur et l'actualité de certains thèmes développés.

Victor Hugo a des idées bien arrêtées sur ce qui a nui à la cathédrale depuis sa construction au Moyen Age et certaines résonnent étrangement aujourd'hui : " le temps d'abord, qui a insensiblement ébréché ça et là et rouillé partout sa surface ; ensuite, les évolutions politiques et religieuses, lesquelles aveugles et colères de leur nature, se sont ruées en tumulte sur lui, ont déchiré son riche habillement de sculptures et de ciselures, crevé ses rosaces, brisé ses colliers d'arabesques et de figurines, arraché ses statues, tantôt pour leur mitre, tantôt pour leur couronne ; enfin, les modes, de plus en plus grotesques et sottes, qui depuis les anarchiques et splendides déviations de la renaissance, se sont succédé dans la décadence nécessaire de l'architecture. Les modes ont fait plus de mal que les révolutions." (p 134)
Et l'auteur de poursuivre sur les méfaits des modes qui dit-il ont tué l'édifice...
Ces pages sur l'architecture de Notre-Dame de Paris sont passionnantes, même pour des non-avertis ; on comprend parfaitement cette notion d'édifice de transition " Ce n'est plus une église romane, ce n'est pas encore une église gothique". (p 135)

Alors bien sûr, "Notre-Dame de Paris" c'est aussi et surtout l'histoire du peuple parisien de cette époque de la fin du XVème siècle, cette foule qui vit autour de l'édifice religieux et en particulier la cour des miracles ; c'est Phoebus le jeune capitaine de la garde, Dom Frollo l'archidiacre, Quasimodo le sonneur des cloches sourd et contrefait et Esmeralda, la perle, au milieu de la convoitise et de la lâcheté des hommes. Nous guident également dans cette période et ce lieu Pierre Gringoire l'écrivain poète, la troupe de brigands de Clopin Trouillefou et Jehan le jeune frère de Claude Frollo. Tous les personnages sont parfaitement étudiés, décrits, analysés.

L'histoire est celle d'une erreur judiciaire, de l'incapacité des hommes à être justes, à aimer leur prochain en particulier s'il est disgrâcié, et surtout de l'impossibilité des pauvres à se défendre ; le roi (Louis XI), les riches, ceux qui ont une place dans la société peuvent faire beaucoup de mal aux plus simples et fragiles.
Il y a tout dans ce récit : une belle histoire de pierres, des histoires d'amour, des histoires d'êtres ; Victor Hugo juge sévèrement les Hommes et dénonce leurs vices et leur soumission à la fatalité ; mais il les aime...

Un livre dont le lecteur sort enchanté et enrichi. La grande beauté de ce classique ne peut décevoir.

Extrait p 199 : " Les premiers monuments furent de simples quartiers de roche... L'architecture commença comme toute écriture. Elle fut d'abord alphabet. On plantait une pierre debout, et c'était une lettre, et chaque lettre était un hiéroglyphe, et sur chaque hiéroglyphe reposait un groupe d'idées comme le chapiteau sur la colonne... Plus tard on fit des mots. On superposa la pierre à la pierre, on accoupla ces syllabes de granit, le verbe essaya quelques combinaisons..."